CHUTE DU MINISTERE
qui a été héroïque, mais que le gouvernement n'a rien prévu pour la guerre.
M. Clément Duvernois lui succède. Il a été le principal artisan de l'arrivée au pouvoir du ministère parlementaire ; mais, évincé de la combinaison, il est devenu son ennemi acharné, et il propose contre le cabinet un ordre du jour qui est adopté à la presque unanimité. Alors, des députés de la gauche demandent qu'une commission executive soit substituée au gouvernement.
Quand on voit la sottise, l'impuissance et l'action néfaste des parlements en temps de crise, on ne peut s'empêcher d'admirer les vieux républicains de Rome qui avaient institué la dictature pour sauver la République dans le danger.
Pendant qu'à la Chambre on divague, l'Impératrice qui sait que le ministère va être renversé, d'autant plus que M. É. Ollivier, connaissant ses sentiments, invite ses meilleurs amis à voter contre lui, se décide à charger le général Palikao de former un cabinet dont le rôle sera, en dehors de toute politique, d'organiser la défense du pays. Elle en prévient le général qui va à la Chambre, en compagnie de M. de Nieuverkerke, assister à la séance, tantôt dans la tribune des sénateurs, tantôt dans l'un des bureaux.
A 4 heures et demie, les ministres étant tombés, M. É. Ollivier se rend aux Tuileries offrir sa démission à l'Impératrice, auprès de laquelle il paraît s'être rencontré avec le général Palikao qui accourait de son côté.
Dans la conversation de quelques minutes qui aurait eu lieu entre eux et l'Impératrice, celle-ci. montrant à iv. 16
M. É. Ollivier la gravité de la crise, le territoire envahi, l'Empereur incapable de commander et de gouverner, l'émeute dans la rue, pas de gouvernement, pas même de commandant militaire à Paris, l'aurait prié de contresigner séance tenante un décret nommant le général Palikao ministre de la guerre; au moins il existerait une autorité, pour pouvoir donner des ordres en cas d'insurrection, et M. É. Ollivier aurait accédé à cette demande, puisque le général Palikao, dans la soirée du 9 août, était déjà ministre de la guerre en vertu d'un décret daté de ce jour et contresigné de son prédécesseur.
L'Impératrice, sur la nouvelle de la chute du ministère, avait prié M. Schneider de se rendre aux Tuileries pour lui parler dès la fin de la séance de la Chambre, et l'on venait lui annoncer qu'il était arrivé.
M. Schneider, président du Corps législatif, n'est pas seulement le créateur du plus grand et du plus florissant des établissements industriels que possède la France, c'est aussi un homme politique, dune grande pondération, d'un sens très fin et d'un tact parfait. L'Impératrice n'a pas de goût personnel pour lui, et cependant dans les circonstances présentes elle a recours à lui, en raison de son influence sur la Chambre, principalement sur les centres (droit et gauche) qui forment la majorité qui a demandé et soutient actuellement le régime parlementaire.
Aussitôt qu'il est introduit, l'Impératrice le prie de conseiller le général Palikao qui est étranger aux questions du parlement, et M. Schneider insiste pour un ministère modéré tirant même sur la gauche et met en avant les noms de MM. Magne, de Talhouët, Brame,