‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 106 sur 194 · LE CAPITAINE DE FREGATE DUPEKRE · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE DE FREGATE DUPEKRE

« 9 août, li heures soir.

& Impératrice à l Empereur.

« Vous ne vous rendez pas compte de la situation : il n'y a que Bazaine qui inspire confiance. La présence du maréchal Le Bœuf l'ébranlé aussi bien là-bas qu'ici. Les difficultés sont immenses. M. Schneider me met le couteau sur la gorge pour un ministère presque impossible. Pour faire face à cette situation, je suis sans commandant de troupes, et l'émeute est presque dans la rue. D'Autemarre inspire confiance à la garde nationale : si je le déplace, elle ne suivra plus son nouveau général. Ganrobert m'est donc indispensable. Prenez Trochu à sa place, vous donnerez satisfaction à l'opinion publique; vous me donnerez un homme dévoué, ce dont je manque complètement. Dans quarante-huit heures, je serai trahie par la peur des uns et par l'inertie des autres. »

Ainsi l'Impératrice tient absolument à faire partir de Paris le général Trochu, à avoir le maréchal Ganrobert à coté d'elle comme commandant militaire de la capitale, à ce que le maréchal Bazaine soit nommé général en chef de l'armée, et que l'Empereur et le Prince impérial ne reviennent pas à Paris; enfin, elle a recommandé au commandant Duperré de s'entendre discrètement avec M. Franceschini-Pietri, pour qu'on lui télégraphie directement, et en dehors de l'Empereur, tout ce qui est de nature à pouvoir ['intéresser.

A S heures le général Palikao, qui est resté aux

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Tuileries, après M. Schneider, fait appeler M. Henri Chevreau. L'Impératrice et lui voudraient le décider à accepter l'Intérieur : on serait sûr d'avoir un administrateur énergique et sage, en même temps un homme de sang-froid et de courage qui effraierait moins que M. Jérôme David et on éviterait un homme politique ignorant l'administration ; mais M. Chevreau refuse et à 8 heures il quitte les Tuileries avec le général Palikao qu'il emmène diner chez lui à l'hôtel de ville, où tous deux passent la soirée à parler de la situation jusqu'à une heure du matin : alors le général Palikao se rend chez M. Magne à qui il veut offrir les Finances.

L'Empereur a en M. Magne une confiance particulière, à cause de son savoir, de son sens juste et surtout de sa grande droiture : il l'a nommé membre de son conseil privé, et il le consulte souvent. Quoique l'Impératrice n'ait jamais eu que des rapports officiels avec lui, elle l'a apprécié depuis quarante-huit heures dans les différents conseils où il est venu en qualité de membre du conseil privé; elle a pu voir combien son calme et son bon sens contrastaient avec la faconde, l'agitation dans le vide des ministres : elle a recommandé au général Palikao d'obtenir à toute force son adhésion, parce qu'il est le seul homme d'État capable d'assurer la réussite d'un emprunt devenu indispensable.

Au moment où le général Palikao se présente avenue Montaigne, chez M. Magne, M. Schneider en sort; il est venu de son côté lui proposer les finances dans un ministère où M. Emile de Girardin aurait eu l'intérieur. Le choix de ce journaliste d'un esprit intaris-

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