GESTATION DU NOUVEAU MINISTERE
sable, mais souvent faux, mêlé à toutes sortes d'affaires douteuses, fantaisiste et caméléon s'il en fut, avait beaucoup étonné M. Magne, mais il n'avait fait à son propos aucune observation à son vieil ami M. Schneider et s'était contenté de lui dire qu'il refusait son offre, que M. Segris, venant d'émettre des bons du trésor de l'invention de M. de Soubeyran, seul l'un de ces deux messieurs pouvait prendre les finances pour mener à bien une combinaison déjà en cours d'exécution et dont ils étaient les auteurs, et M. Schneider était parti convaincu que le refus de M. Magne était définitif.
Maintenant le général Palikao revenait à la charge et entrait en matière en présentant à M. Magne une liste toute différente de celle de M. Schneider et où ne figurait pas M. E. de Girardin.
M. Magne répéta au général Palikao ce qu'il venait de dire à M. Schneider, et refusa aussi péremptoirement. Toutefois le général ne parut pas très bien comprendre les raisons invoquées par M. Magne pour motiver son refus.
Ainsi dans la soirée le général Palikao avait déjà changé plusieurs noms de la liste établie d'accord avec M. Schneider.
Après sa visite à M. Magne le général Palikao revint aux Tuileries, où il revit l'Impératrice et demanda à M. de Lezay-Marnezia daller chez M. Béhic (rue de Poitiers, 12) pour le prier de prendre l'Intérieur. M. Béhic ayant refusé, il retourna à l'hôtel de ville, et après quelques mots échangés avec M. Henri Chevreau il lui demanda de voir M. de Talhouët (faubourg Saint- Honoré, 127), pour lui renouveler l'offre refusée par
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M. Béhic. Sur une réponse également négative de M. de Talhouët que lui rapporta M. H. Chevreau, le général Palikao retourna aux Tuileries à 4 heures où, sans doute, il vit l'Impératrice et lui fit part de l'impossibilité où il se voyait d'obtenir le concours des personnages les plus modérés parmi ceux indiqués par M. Schneider : alors l'Impératrice, qui avait exprimé sa répugnance pour le centre gauche dans la dépêche à l'Empereur de 1 1 heures du soir, où elle lui disait : « M. Schneider me met le couteau sur la gorge pour un ministère presque impossible » , se décida pour une combinaison suivant ses idées, et le général Palikao fit en conséquence appeler aux Tuileries M. Jérôme David, M. Grandperret, procureur général à la cour de Paris et M. Clément Duvernois. Le premier accepta l'intérieur dont M. H. Chevreau lui avait déjà parlé, le second la justice, et le troisième le commerce. Ces désignations étaient non seulement contraires à l'esprit de la combinaison projetée la veille au soir avec M. Schneider et à la réussite de laquelle il avait promis de concourir, mais celle de M. Jérôme David était de nature à le vexer profondément : n'avait-il pas été son compétiteur à la présidence de la Chambre, et les bonapartistes encore nombreux au Corps législatif ne le lui opposaient- ils pas en toute circonstance?
D'accord avec l'Impératrice, le général Palikao crut devoir aviser le président de la Chambre de son changement de décision par la lettre suivante :