CHANGEMENT DE COMBINAISON MINISTERIELLE
« Paris, 10 août 1870, h heures du matin.
« Monsieur le Président,
a J'ai l'honneur d'annoncer à Votre Excellence que, réfléchissant plus mûrement à la responsabilité qui pèse sur moi au milieu des circonstances actuelles, j'ai modifié la liste dont je vous avais donné connaissance. Cette liste, approuvée par S. M. l'Impératrice régente, sera insérée au Journal officiel de ce jour.
« J'espère q ue Votre Excellence , dont le dévouement à S. M. l'Empereur est bien connu, voudra bien continuer à me prêter son concours dans la tâche difficile que j'ai à remplir.
« Veuillez agréer...
« Le général de division, ministre de la guerre,
« Comte de Palikao. »
Le lendemain matin, lorsque dans les milieux parlementaires on connut la nomination de M. Jérôme David à l'intérieur, on affecta de redouter les pires résolutions : on le disait trop impulsif et capable d'agir sur l'Impératrice, à l'insu de ses collègues : il irait peut-être jusqu'à se passer de la Chambre pour gouverner sans contrôle.
C'est à la suite de ces conciliabules et des propos qui y furent tenus qu'est probablement née la légende du coup de force et du projet d'arrestation de trente députés attribué au ministère précédent? Le général Palikao, énervé des résistances, des refus, des mauvaises volontés qu'il trouvait et des difficultés qu'il n'avait pas prévues,
pensa-t-il sérieusement, avec le concours de M. J. David, à proroger les Chambres età mettre en prison ceux qui préparaient le renversement du gouvernement? M. Schneider au courant de ces faits s'y serait-il opposé? c'est ce que plusieurs députés ont alors prétendu et ont même tellement répété qu'à la Chambre on considéra longtemps le fait comme positif.
Dans la matinée du 10 l'Impératrice et le général Palikao, prévenus de l'émotion que causait la nomination de M. Jérôme David à l'Intérieur, n'osèrent pas la maintenir, et ayant fait appeler l'intéressé aux Tuileries lui proposèrent, en échange de l'Intérieur, de prendre les Travaux publics, ce qui fut accepté. Alors retournant à la préfecture de la Seine, le général Palikao déclara à M. Chevreau que l'Impératrice lui demandait personnellement son acceptation, et que dans le cas où il refuserait, il devrait aller lui-même transmettre sa réponse à Sa Majesté. Devant cette mise en demeure M. Chevreau retourna aux Tuileries où il fut l'objet de « telles obsessions de l'Impératrice qu'il accepta, croyant impossible de refuser lorsque d'autres commençaient à faiblir. »
Pour les Finances et les Affaires étrangères, le général Palikao se réservait de proclamer d'office aux Chambres les noms de M. Magne et du prince de La Tour d'Auvergne; s'il parvenait cependant à joindre M. Magne auparavant, il comptait sur son dévouement à l'Empereur et sur son patriotisme pour obtenir son assentiment en lui faisant valoir que refuser en pareil moment, lorsque l'Impératrice délaissée faisait appel à lui, ce serait presque une désertion.
Quant au prince de La Tour d'Auvergne, il était à