‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 109 sur 194 · FIN DE LA CUISE MINISTÉRIELLE · texte numérisé non relu

FIN DE LA CUISE MINISTÉRIELLE

Vienne et le général Palikao le préviendra seulement le lendemain 11 août par ce télégramme :

« Paris, IL août, 4 h. 45, transmis à Vienne, 9 h. 15.

k Dans la composition d'un nouveau cabinetqui, par suite des nécessités politiques, devait être porté immédiatement à la connaissance du pays, le nom de Votre Excellence comme ministre a paru au Journal officiel avant que j'aie le temps de demander et de recevoir votre consentement.

« S. M. l'Impératrice espère néanmoins que votre dévouement à l'Empereur et au pays vous fera accepter un poste aussi important dans les circonstances présentes. Votre patriotisme a répondu par avance de votre concours.

« Palikao. »

Vers 3 heures la liste est donc faite, le général Palikao va à la Chambre, et en entrant dans la salle des conférences, il voit M. Magne qui, en se rendant au Sénat, s'était arrêté chez son ami, M. Schneider, pour avoir des nouvelles : « L'Impératrice me charge de vous remercier » , lui dit le général en lui présentant une liste, et au même moment M. Jérôme David survenant, ajoute : « Je ne veux pas être un obstacle et si mon nom fait difficulté, je suis tout prêt à me retirer. » — « Mais je vous ai absolument refusé, général, je ne peux admettre qu'on dispose de moi. . . « réplique M. Magne. A ce moment une agitation se produit. Le général Palikao et M. Jérôme David partent en courant

et quelques minutes après, M. Jérôme David reparaissant, M. Magne lui renouvelle ses refus : « Il est trop tard, la liste est lue » , lui est-il répondu quand M. Bouilhet, le secrétaire de M. Schneider, tirant à part M. Magne, lui dit à l'oreille : « On vous trompe encore, la liste n'est pas lue. » Était-ce vrai? A la minute d'après M. Bouilhet revenait et annonçait que maintenant le fait était accompli.

M. Magne, comme l'avaient supposé l'Impératrice et le général Palikao, ne pouvait plus maintenant se dérober sans avoir l'air de commettre une lâcheté : il se résigna, se donna tout entier à son devoir et sut, quinze jours plus tard, assurer la réussite de l'emprunt de 805 millions, dont on avait un besoin absolument urgent.

L'Impératrice aurait voulu qu'ua portefeuille spécial et nouveau, celui de l'adminisl ration de la guerre et des approvisionnements de Paris, fût confié à M. Haussmann dont elle avait apprécié le sang-froid dans la nuit du G au 7 août, et dont elle connaissait les qualités administratives : mais sur des objections et sur des menaces de refus de concours de la part de ministres déjà nommés, elle dut renoncer à cette idée.

L'Impératrice n'a pas dormi encore cette nuit (du 9 au 10 août), et vers trois heures du matin, par suite du refus de MM. Béhic et de Talhouët, elle a commencé à redouter l'échec de la combinaison Palikao. Ce serait l'inconnu, la crise aiguë, et toujours pas de commandant militaire à Paris, en l'absence de tout gouvernement. Elle a alors remis à M. Augustin Filon un projet de dépêche qu'elle a griffonné et dans lequel elle déclare à l'Empereur qu'elle a absolument besoin

Page 1