ESTIME DE L'IMPÉRATRICE POUR LE GÉNÉRAL TROCHU
du maréchal Ganrobert, et qu'il est nécessaire de lui donner Tordre de venir se mettre à sa disposition à Paris. C'est alors que Napoléon III, à 5 heures du matin, a télégraphié au maréchal.
Cependant, dans certains milieux, on parle encore du général Trochu comme commandant militaire de Paris.
L'Impératrice a toujours eu du goût pour le général Trochu. Avec sa nature chevaleresque, elle admirait ce caractère « antique qui ne transige pas avec les principes » . Elle estimait profondément l'homme privé, sans fortune, qui avait adopté les nombreux enfants de son frère, devenus orphelins, et qui avait refusé un don personnel de l'Empereur pour leur éducation. Quand le général a été invité à la cour, elle a parlé de lui avec éloge à ses dames et leur a recommandé d'être particulièrement aimables avec cet homme intègre et indépendant.
Lorsqu'elle est revenue à Paris dans la nuit qui a suivi Reichshoffen et Forbach, elle l'a fait appeler avec les ministres pour avoir ses conseils.
C'est à cette heure que ses yeux se sont dessillés. Le général a tout blâmé : son éloquence, lorsqu'il faut passer à l'action, disparait subitement : il a tout prévu, et lui seul peut tout sauver; mais il met de telles conditions à ses services qu'il apparaît qu'il n'a aucune idée, et qu'en dehors de la critique, il n'y a rien à tirer de lui.
Dans la soirée du 8 août à la sortie de l'Opéra, il a rencontré son ami, M. Maurice Bixio, et, jusqu'à 2 heures du matin, en arpentant le boulevard des Italiens, les rues Le Peletier et Drouot, il s'est épanché :
256 ' CANROKEUT
« J'avais tout prévu... et maintenant je vois quel va être mon sort. Je serai appelé à commander l'armée de Paris, je resterai le dernier, et, lorsque tout aura été compromis, perdu même, je serai condamné à succomber et à traiter sous le coup des défaites et de la honte ! »
Le lendemain 9 août, il a été voir le maréchal Baraguay-d'Hilliers qui lui a confié son désir de se retirer et lui a dit qu'il le demanderait pour son successeur. Dès lors, il compte sur le commandement de Paris. Sortant dans la matinée du 10 de chez lui (119, rue de Grenelle), il croise le capitaine de Kerdrel, aide de camp du général de Ghanaleilles ; ils causent ensemble, et il annonce au capitaine qu'o/i lui a fait l'offre du gouvernement de Paris. «L'accepteriez-vous, mon général? — Très probablement, car je crois que l'on peut obtenir beaucoup de la population parisienne, en s'adressant à son cœur et à son patriotisme. »
C'est après cette conversation qu'il écrit une longue lettre au général Waubert de Genlis pour être montrée à l'Empereur, où il préconise la retraite de l'armée sur Paris si l'on veut éviter qu'elle soit coupée. Cette lettre, le général Trochu l'a lue à la tribune de l'Assemblée nationale, en 1871, et l'a publiée, mais pas dans son entier. Jamais il n'en a montré le passage suivant, quoiqu'il soit typique : « Le maréchal Baraguay-d'Hilliers s'est ouvert de l'état de sa santé et de son moral qui ne lui permet plus de rester au commandement de Paris et m'a proposé de le remplacer. Je vois maintenant le poste qui nie convient. . . »
Si l'on doit en croire le général Palikao, à la première séance du conseil qu'il a présidé, il aurait proposé la nomination du général Trochu au commandement