‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 114 sur 194 · IRRITATION DE L IMPERATRICE · texte numérisé non relu

IRRITATION DE L IMPERATRICE

que la Chambre s'est déclarée en permanence : c'est une violation manifeste de la Constitution.

« Napoléon. »

C'est à 1 1 heures ou 1 1 heures un quart du soir que le maréchal Canrobert parvient aux Tuileries, où la maréchale le laisse : il monte au premier étage et se trouve dans un des salons de l'Impératrice où sont les dames, le lieutenant de vaisseau Conneau et plusieurs autres personnes. L'Impératrice, dans une salle à côté, préside le conseil : aussitôt que la séance aura pris fin elle le recevra; en attendant on lui remet un télégramme à son nom qui a été expédié aux Tuileries; il le lit :

« 10 août, 2 h. 35 soir.

«Continuez sans interruption et sans aucune perte de temps le mouvement de toutes vos divisions du camp de Ghâlons sur Metz.

« Après la lre division embarquée, commencez par l'infanterie de la deuxième. »

S'il n'était déjà irrévocablement décidé à refuser les offres qui vont lui être faites, cet ordre l'y contraindrait. Comment en effet pourrait-il abandonner le commandement de son corps d'armée, le jour où on l'appelait au combat?

En attendant il cause avec les personnes de service. L'Impératrice, lui dit-on, est admirable : il semble qu'à chaque moment une nouvelle mine se creuse sous ses pas, et, malgré tout, elle ne se trouble pas et tient tête à tous les dangers.

Un des membres du conseil privé, qui a assisté aux conseils qu'Elle a présidés deux fois par jour depuis le 7 août, a été surpris de sa lucidité et de sa fermeté qui faisait contraste avec la faiblesse et l'incohérence des ministres. « Durant ces longues séances, les discussions étaient confuses, tous parlaient à la fois, s'interrompant sans se répondre; mille incidents venaient à la traverse de la discussion de sujets à traiter d'urgence. Elle s'exagérait les droits des ministres responsables en ne les interrompant point, mais au moindre joint, elle ramenait la discussion à l'objet du débat et l'y maintenait tant qu'elle pouvait, la ramenant encore s'il y avait lieu et ne lâchant prise qu'une solution obtenue. Le malheur avait épuré son esprit, en le dégageant de toutes les faiblesses et futilités féminines et des préoccupations d'avenir pour la dynastie qu'elle considérait comme perdue. »

» Elle pense exclusivement au pays : ses discours, ses efforts, n'ont pour but que de sauver la France et ménager à l'empire une chute honorable et digne du nom de Napoléon. La mort de l'empereur à la tête de son armée lui semble à souhaiter. Souvent depuis 48 heures, ce sentiment s'est fait jour, malgré toutes les réserves imposées par la situation de mère et d'épouse comme une espérance pour l'avenir de son fils. Elle montre véritablement un caractère viril et supérieur. » Elle veut que le prince impérial reste loin de Paris dans la crainte qu'on ne s'empare de sa personne et qu'on le garde en otage comme Louis XVII. Elle croit que, pour assurer son avenir, l'Empereur doit se faire tuer : a Sa place est à l'armée, dira-t-elle à plusieurs reprises à M. H. Chevreau. »

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