‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 115 sur 194 · LES DIAMANTS DE LA COURONNE · texte numérisé non relu

LES DIAMANTS DE LA COURONNE

Lorsque, le 25 août, elle enverra cette dépêche à l'Empereur : •< ,1e viens d'aviser le maréchal de Mac- Mahon de secourir à tout prix le maréchal Bazaine : je vous embrasse ainsi que Louis, » c'est avec l'idée que l'Empereur comprendra sa pensée secrète, quand après Sedan, M. H. Chevreau lui lira la dépêche annonçant que l'Empereur est prisonnier, en la lui prenant des mains, elle s'écriera : « Non, vous vous trompez : Il est mort! »

En ce moment-là elle trahissait le fond de son cœur.

Le 10 août au soir elle est épuisée, à bout de forces. Elle ne vit plus que par les nerfs et la volonté; elle ne mange pas, et malgré le chloral qu'elle prend en grande quantité et qui agit sur son organisme, elle ne peut dormir. Elle s'occupe de tout. En dehors des questions militaires, elle s'est entretenue avec MM. Segris et Magne de questions financières ; elle a fait mettre en charge, après inventaire, les diamants de la couronne à la Banque de France : elle a envoyé en Angleterre ses deux nièces : Pepa, sa fameuse femme de chambre, toute tremblante de peur, aurait pu devenir une gêne, et elle l'a expédiée aussi, en lui défendant de rien emporter pour qu'on ne vienne pas l'accuser de détournements. Elle reçoit sans cesse le prince de Metternich en qui elle a une confiance toute particulière. Celui-ci lui parle souvent du danger de la révolution en permanence. 11 a même insisté d'une telle façon, en lui dépeignant l'émeute victorieuse entrant aux Tuileries, qu'il l'a amenée à se faire confier ses diamants et bijoux personnels, et, un soir, il les a emportés dans sa voiture, aidé de l'un de ses secrétaires, M. de Mongelas, et il les a mis en lieu sûr en

Angleterre, où l'Impératrice les retrouvera après le 4 Septembre.

Ces dangers, que l'ambassadeur de confiance dépeint sans cesse à l'Impératrice, excitent et montent son imagination. Elle a toujours eu un culte pour Marie-Antoinette : elle en a étudié la vie ; elle s'est entourée d'objets qui lui ont appartenu et de souvenirs qu'elle a cherchés et acquis de ses propres deniers; et, maintenant, elle se croit appelée à subir le même sort.

Peut-être même durant toute cette journée du 10 août est-elle plus nerveuse, plus inquiète qu'un autre jour. N'est-ce pas la date de la chute de la royauté? Nous nous souvenons encore de la crainte superstitieuse qui envahit l'esprit de nombre de bourgeois de Paris toute cette journée. Combien devait être davantage frappé l'esprit de la souveraine qui se retrouvait, près d'un siècle après, comme Marie-Antoinette dans ce même palais des Tuileries et dans des circonstances aussi dramatiques.

Le maréchal Ganrobert retient surtout, qu'après bien des transes, l'Impératrice, qui s'est crue abandonnée de tous, a maintenant autour d'elle deux ministres de son choix et qu'elle est en droit de compter sur le général Palikao, tandis que, quand elle a télégraphié à l'Empereur la nuit précédente, il n'existait plus aucune autorité militaire à Paris, et elle était sans défense à la merci de la première émeute. Il peut donc maintenant, en toute conscience, retourner à ses soldats, devant l'ennemi, pour la bataille qu'on lui annonce comme imminente.

Maintenant il est minuit; le conseil est fini. L'Impératrice apparaît suivie du général Palikao. Elle va au

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