R E F US DU MA R É G H A L G A N R 0 R K R T
qui revenait de Nancy, où son mari commandait avant la guerre le 2e corps; le maréchal alla la saluer. Elle était dans un état d'exaltation violente. Elle annonça au maréchal qu'elle avait dû quitter Nancy à l'approche des Prussiens; puis elle lui offrit le palais du commandant pour son installation... offre bien inutile, si les Prussiens étaient à Nancy comme elle le disait. Elle se plaignit des accusations « déshonorantes » dont on accablait son mari. Elle confia au maréchal que l'Empereur aurait voulu lui retirer son corps d'armée; qu'elle lui avait écrit une lettre émue et avait obtenu son maintien. — Moins de quinze jours après le maréchal de Mac-Mahon demandera à l'Empereur la révocation du général de Failly dont il aura eu à se plaindre et qu'il aura trouvé encore couché un matin, à 9 heures, dans des circonstances graves. Ce malheureux général avait été brillant à la bataille de Traktir; mais, en 1870, il venait d'avoir une attaque et son état physique le rendait incapable de servir.
On croisait beaucoup du matériel qu'on ramenait à Paris pour ne pas le laisser aux Allemands : plusieurs de ces trains, à partir de Ghâlons, contenaient des blessés et des troupes des corps Mac-Mahon et Failly.
A Gommercy, le général de la Gharrière était sur le quai de la gare. Le maréchal l'interpella. Il commandait la subdivision de Nancy qu'il avait quittée sous la menace de l'arrivée des Allemands. Le maréchal lui fit observer qu'il aurait dû avec les gendarmes, les gardes mobiles, les dépôts, occuper la gare et les abords de Frouard pour empêcher les coureurs prussiens de venir couper cette importante jonction des communications de Paris à Metz.
Vers le milieu de la nuit, le train s'arrêtait à Frouard et y faisait une halte de plusieurs heures.
La gare était dans l'obscurité, et le désordre le plus inextricable y régnait. Tous les employés avaient perdu la tête. Des trains pleins de traînards du corps du général de Failly étaient sur une voie de garage : ils criaient, chantaient, dans une attitude déplorable. L'un d'eux à la portière, voyant passer le maréchal suivi de ses aides de camp, l'injuria, lâcha les plus grosses ordures avec ces mots : « A votre tour d'aller vous faire rosser. » Le maréchal va à lui, ouvre la portière, le saisit, le secoue et le force à descendre. Le soldat intimidé prend peur et demande pardon.
Le maréchal resta le temps de l'arrêt dans le cabinet du chef de gare. On repartit vers 3 heures, et, vers 4 heures et demie, on était à 4 kilomètres de Metz. La locomotive s'arrêta, siffla, puis siffla encore : la voie était obstruée et le chef de train vint annoncer au maréchal qu'il en avait pour plusieurs heures avant d'entrer en gare. Le commandant Lonclas sauta alors du wagon et courut par la voie à Montigny où il obtint une locomotive avec un tender qu'il fit amener jusqu'au train. Le maréchal monta avec le commandant Boussenard sur le tender, laissant le lieutenant de Forsanz avec les ordonnances et les chevaux; une heure après, vers 5 heures et demie, il descendait à la gare de Metz où il ne trouvait pas de voitures, mais où lui et ses aides de camp découvraient un pain qu'ils dévoraient. Ensuite, ils se dirigeaient vers l'hôtel de l'Europe où ils s'installaient et d'où le commandant Boussenard partit de suite aux nouvelles.
Vers 7 heures, le maréchal, accompagné du com-