EN CHEMIN DE FER
mandant Lonclas, se rendit à la préfecture pour voir l'Empereur. Devant le perron, un break attendait, attelé, et un écuyer était à cheval : l'Empereur avait exprimé l'intention d'aller au camp du général de Ladmirault. Mais, depuis le matin, il était en conférence avec le maréchal Le Bœuf et le général Lebrun et il ne paraissait pas disposé à sortir.
L'Empereur, prévenu de la présence du maréchal Ganrobert, ne le laisse pas longtemps attendre ; il l'appelle et le fait assister à sa conversation avec le maréchal Le Bœuf et le général Lebrun.
L'Empereur vers 5 heures du matin a pensé à prendre l'offensive et a fait appeler le colonel Levval à qui il a exposé son idée, mais peu après il a ajourné tout mouvement jusqu'à l'arrivée à Metz des 5e et 6e corps. L'Empereur se préoccupe surtout de la pénurie des approvisionnements de biscuits et de cartouches d'infanterie et s'occupe d'en faire venir le plus grand nombre possible. Pendant que le maréchal est chez l'Empereur, on apporte une dépêche du ministre de la guerre, de 11 heures et demie du matin, informant le major général que « des éclaireurs ennemis se sont montrés du côté de Frouard» . Mais cène peuvent être que des coureurs, la masse doit être encore loin et l'Empereur pense toujours réunir près de 200,000 hommes au moins sous Metz. Le général de Failiy a l'ordre de se diriger le plus vite possible sur Toul pour rejoindre ensuite l'armée que le 6e corps rallie en ce moment. Mais que veut faire l'Empereur avec ces 200,000 hommes? C'est ce que le maréchal Ganrobert ne saisit pas.
Pendant ce temps, le commandant Lonclas est témoin iv. 18
d'un spectacle dont il demeure ébahi : dans les salons et les corridors, aides de camp, officiers d'ordonnance, écuyers sont « dans l'agitation la plus inconvenante ; la partie est considérée comme perdue; le trouble dans les idées et les propos était au comble » .
« Voilà où nous ont amenés quinze ans de favoritisme » , disait un colonel d'état-major. «L'Empereur ne devrait plus donner d'ordres et remettre complètement le commandement à Bazaine » , disait un général, aide de camp du souverain.
« Il y avait un grand désordre en toutes choses jusqu'ici, mais tout cela s'améliore depuis que c'est entre les mains de Bazaine » , disait un autre général, également aide de camp de l'Empereur.
Tout le monde avait confiance dans le maréchal Bazaine : c'était le sauveur appelé par tous; c'était la planche de salut, fût-elle pourrie, à laquelle cherche à se raccrocher le noyé qui se sent à bout de forces. Personne, même les plus dévoués, ne conservait de confiance dans l'Empereur.
A Paris, l'avant-veille, durant le temps que le maréchal Canrobert avait passé à attendre l'Impératrice dans le salon des Tuileries, avec les chambellans, dames d honneur ou autres courtisans, il avait recueilli la même impression : «autour de l'Impératrice, on ne s'occupe plus de l'Empereur ; il n'est plus qu'un embarras. »
Tandis que le commandant Lonclas est à la préfecture — au quartier impérial — le commandant Boussenard, dans les bureaux de l'état-major, cherche à s'informer.
Mais personne ne peut lui dire ce que l'on va faire.
Quant au 6e corps, voilà ce que l'on en savait. La