CHEZ L EMPEREUR
3e division, arrivée la veille, était répartie dans les forts; la lre, complète depuis le matin, était campée au sud, à Montigny, entre la Seille et la Moselle; la 2e et la 4e devaient être en route; mais un télégramme de la veille, 3 heures du matin, du ministre de la guerre, avait troublé quelque peu le maréchal Canrobert quand on le lui avait remis à Metz à son arrivée chez l'Empereur.
« 11 août, 3 heures matin.
ce La 4e division du 6e corps quitte Paris pour Metz : le mouvement commencera à 8 heures du matin et continuera d'heure en heure. »
Étant donnés l'embarras de la voie et la difficulté déjà grande d'amener les divisions de Chàlons, l'arrivée de Paris de trains supplémentaires sur la ligne allait augmenter le désordre et arrêter encore le mouvement.
C'est déjà ce que l'on a fait savoir à l'Empereur la veille, et il s'en est plaint au ministre. Il y a trois lignes pour aller de Paris à Metz : pourquoi nemploie-t-on que celle déjà surchargée? On pouvait envoyer la division Le Vassor-Sorval et d'autres troupes, soit par Verdun tête de ligne, d'où elles auraient gagné Metz par routes, en trois étapes, soit par la ligne des Ardennes. Une batterie d'artillerie arrivera à Metz par cette dernière voie vingt-quatre heures après que la grande ligne aura été coupée.
C'est la question que pose le commandant Lonclas au colonel Henry Ducrot, chef de la section de l'administration à l'état-major général : on a eu, lui répondil, depuis plus de quarante-huit heures, de Paris, l'avis
que la ligne du Nord par Mézières et Thionville allait être coupée, et Tordre a été donné en conséquence de n'employer que la grande ligne par Ghâlons-Frouard déjà encombrée par des convois d'approvisionnements.
Le colonel Henry Ducrot explique que le maréchal Niel avait, en 1867, constitué l'approvisionnement des places fortes, mais, qu'au terme de leur conservation réglementaire, les biscuits avaient été distribués *. la Chambre ayant refusé les crédits de leur remplacement, Metz et nos places frontières sont maintenant sans ressources : il a fallu traiter avec la maison de Rothschild pour la livraison de 50,000 autres quintaux qui sont déjà dans nos ports, mais qu'il faut amener jusqu'à Metz; c'est là qu'est la plus grosse difficulté.
C'est pendant que l'on faisait l'impossible pour amener ces biscuits en même temps que le grand parc du génie et plusieurs millions de cartouches, que le 6e corps a été dirigé de Châlons sur Metz, sans que l'intendance en fût avisée : il en est résulté le désordre que l'on suppose.
Plusieurs trains sont garés à Nancy et dans des voies transversales sans pouvoir bouger, rien n'arrive plus à Metz, et on ne sait si Ion pourra constituer une réserve de vivres pour l'armée.
Et puis les projets changent d heure en heure, et les ordres par conséquent s'entrecroisent avec les contreordres. Dans la journée d'hier on a télégraphié le matin, à l'intendant de Nancy : « Gardez à Nancy tout ce que vous avez. » A midi : « Dirigez sur Metz tout ce que vous avez. » Le soir : « N'expédiez rien pour Metz, au contraire... » Enfin dans la nuit : « Consi-