PAISIQUE DANS UN RAL
Napoléon III, elle fut cause d'une alerte qui effraya un instant l'assistance. Le Roi, ayante son bras la maréchale de Mac-Mahon, se promenait dans les salons, quand des cris épouvantables se firent entendre. On crut à un accident, on se précipita à l'endroit d'où partaient ces hurlements : c'était Mme Rymski-Korsakow qui avait reçu sur ses opulentes épaules, largement décolletées, quelques gouttes de cire d'une bougie qui coulait. Le capitaine d'Espeuilles, homme de ressource et de sang-froid, eut vite fait de se procurer un couteau à papier et d'enlever des épaules de la belle dame les malencontreuses tâches de stéarine qui s'y étaient collées, et l'incident n'eut d'autres suites que de faire parler de l'héroïne; ce qui ne lui fut pas désagréable. Cette grande dame russe n'aimait pas Mme de Gastiglione, en qui elle voyait une concurrente, et à un bal costumé de cette année 1866, l'ayant rencontrée en reine d'Étrurie, elle lui décocha ce trait : « Joli costume, mais celui d'une reine déchue » .
Mme Rymski-Korsakow jouissait aussi de ses derniers succès à Paris; l'année suivante, elle se présentait au bal d'une ambassade, pour lequel elle n'avait pas reçu d'invitation, et on la priait de se retirer. Depuis, on n'entendit plus parler d'elle.
Le prince et la princesse de Hohenzollern passèrent la dernière soirée de leur séjour à Paris, qui était le mardi-gras, chez le général Fleury où l'Empereur et l'Impératrice, et avec eux quelques privilégiés, entendirent Thérésa qui chanta : Le P' tit Ébéniste, Le Sapeur, et C'est dans le nez que ça me chatouille .
Le prince et la princesse partirent, au grand regret de l'Empereur et de l'Impératrice, et après leur sépa-
ration, ils échangèrent de nombreux télégrammes affectueux, dont ceux partis des Tuileries renouvelaient sans cesse les invitations.
A coup sûr, ce prince et cette princesse dont on voulut faire un roi et une reine d'Espagne, et qui, à cette occasion, furent cause de nos malheurs, étaient entrés bien avant dans le cœur de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie.
Tandis que l'on s'amusait à Paris, la tension entre l'Autriche et la Prusse s'augmentait, et la guerre devenait inévitable entre ces deux puissances allemandes.
Qu'allait faire la France?
Tout le monde se le demandait, et personne ne s'en doutait. Les ministres pas plus que les autres.
L'Empereur était impénétrable; il causait avec les ambassadeurs étrangers, mais ne répétait à ses conseillers rien de ses conversations, et les agents de la France à l'étranger demandaient tous des instructions à leur ministre, M. Drouyn de Lhuys, mais n'en recevaient aucune.
A cette époque, le roi Victor-Emmanuel avait à Paris un envoyé tout spécial qui communiquait directement avec lui, et agissait en dehors du ministre des Affaires étrangères d'Italie : le comte Vimercati, qui, pendant la campagne de 1859, avait été attaché à l'état-major du maréchal Ganrobert. Cet envoyé du Roi s'introduisait partout et trouvait moyen d'être mieux renseigné que personne. En outre, il s'occupait de finances et faisait à Paris les commissions de la Rosina, la fille du tambour-major des grenadiers de la vieille garde impériale sous Napoléon 1er, que le roi d'Italie allait bientôt épouser.