‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 121 sur 194 · EMBARRAS SUR LES CHEMINS DE FER · texte numérisé non relu

EMBARRAS SUR LES CHEMINS DE FER

dérez comme nul le dernier télégramme : dirigez sur Metz tout ce que vous avez. »

L'intendant en chef, M. Wolf, qui aurait dû partir le matin à Verdun et Paris organiser de nouveaux moyens de transports d'approvisionnements, « est pris par les entrailles » . On espère cependant qu'il pourra se mettre en route demain.

Jusqu'à une heure après midi, le maréchal Ganrobert demeura à la préfecture et s'en alla avec la conviction qu'on n'avait encore à cet instant aucun plan arrêté. En quittant l'Empereur, il se fait rendre compte par le commandant Boussenard, qui avait couru de son côté, de ce qu'il a appris : « J'ai été, depuis ce matin, dans tous les bureaux des états-majors; j'ai interrogé tous ceux que j'ai rencontrés : je n'ai pu avoir aucun renseignement. Rien que des plaintes, des récriminations. C'est une consternation générale. » Puis il ajouta : « J'ai vu le colonel d'Andlau. « Eh bien, mon colonel, « lui ai-je dit, vos prévisions d'il y a deux mois sur « les mauvaises dispositions de l'Allemagne du Sud se « sont vérifiées contrairement aux avis de M. de Beust « d'une part et de notre ministre à Stuttgard, M. de « Saint-Vallier, qui affirmaient que le Sud ne mark cherait pas avec le Nord en cas de guerre. Les corps « d'armée bavarois et wurtembergeois se sont battus « à Frœschwiller aussi bien que les prussiens. Que « pense-t-on de cela en Autriche? — En Autriche, « m'a-t-il répondu, on pense d'abord que nous sommes « fichus. Et puis ce n'est pas l'Autriche qui nous « plaindra. Elle a entrepris une organisation militaire « qui ne peut être terminée qu'en 1871. Si elle a « pensé à donner un concours sérieux à la France,

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« elle ne lui pardonne pas d'avoir déclaré la guerre « aussi subitement et sans avoir attendu. »

Le colonel d'Andlau, l'un des hommes les plus remarquables de l'état-major général par ses hautes facultés, son savoir étendu, sa finesse et sa facilité de compréhension, connaissait admirablement l'Allemagne — particulièrement les États du Sud. — Tous les ans il allait faire des séjours chez son cousin, le baron d'Andlau, président de la chambre des seigneurs de Bavière, qui possédait un magnifique château près de Munich et il en profitait pour parcourir le pays. Les rapports qu'il rédigeait chaque année après ses voyages, conservés au ministère de la guerre, sont du plus haut intérêt et d'une justesse de vue aussi remarquable que la précision et la clarté de leur exposé. Son dire était donc d'un grand poids.

Les rues de la ville que le maréchal suivait pour retournera l'hôtel, la place delà Cathédrale, la rue des Clercs surtout, regorgeaient de monde : des habitants des campagnes, des soldats débraillés pour la plupart, dos officiers en quête de nouvelles; partout l'ahurissement de gens transplantés dans un milieu qui n'est pas le leur. La cour de l'hôtel de l'Europe était un champ de foire : des bagages, des chevaux, des ordonnances, des fourgons, des gens de toutes sortes. Après avoir percé cette cohue, le maréchal monta le perron de l'hôtel et demanda à déjeuner : une omelette et une côtelette. On lui indiqua la salle commune : c'était impossible de le servir autrement. Dans une pièce immense, au rez-de-chaussée, une grande table et tout autour, d'autres tables plus petites. Là, dans une promiscuité absolue, des généraux, des officiers de

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