‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 124 sur 194 · LE MARÉCHAL BAZAINE GÉNÉRAL EN CHEF · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL BAZAINE GÉNÉRAL EN CHEF

avait-il absorbé de l'extrait thébaïque, car il était comme inerte.

Le marécbal Ganrobert parlait encore que le maréchal Le Bœuf introduisait le maréchal Bazaine. Il vient de recevoir la lettre de commandement : il remercie l'Empereur, mais c'est une bien lourde responsabilité. Il n'est pas le plus ancien : c'est aux maréchaux Ganrobert et de Mac-Mahon à venir avant lui. « Non, répond le maréchal Ganrobert ; l'opinion publique et l'opinion de l'armée vous appellent. » Et, sur ces mots, le maréchal Ganrobert se retire. Que se passa-t-il ensuite entre le souverain et le maréchal Bazaine? Napoléon III n'en a jamais parlé. Le maréchal Bazaine a affirmé, mais après la mort de l'Empereur, quand il ne pouvait être contredit, que Napoléon III lui avait dit : « G'est un ordre que je vous donne. » Une autre fois, « c'est un service que vous me rendez ». Il a déclaré aussi n'avoir provoqué aucune instruction, ni demandé aucun renseignement à l'Empereur : « Je ne croyais pas que l'Empereur partirait, et j'étais là comme un sous-ordre : je me regardais comme son lieutenant, et, par déférence et par habitude de lui obéir, je n'ai pas songé à rien lui demander. »

L'Empereur sait depuis une heure que l'ennemi menace de nous tourner par le sud : il vient d'envoyer à 2 heures moins le quart le général Margueritte avec une brigade de chasseurs d'Afrique dégager la ligne de Paris à Pont-à-Mousson, qui a été occupée vers midi ; il sait, par une dépèche du directeur du bureau télégraphique de Nancy, que l'ennemi entre en ce moment même (4 h.) dans cette ville et que les têtes de colonnes de ses armées touchent la Moselle. Gomment admettre

qu'en remettant au maréchal Bazaine l'armée de la France, l'avenir de son trône et de son pays, il n'a avec lui qu'une conversation banale. Il y a quelques instants, l'Empereur a prescrit au général Coffinières de construire rapidement des ponts sur la Moselle, pour permettre à l'armée de se retirer sur Châlons, et il n'en aurait pas parlé à celui auquel il remettait le commandement suprême!

Ainsi, l'Empereur aurait confié au maréchal tout ce qu'il avait de plus cher, son pays et sa dynastie, et il ne lui aurait fait part ni de ses projets ni de ses craintes !

Le général Lebrun a déclaré et écrit que l'Empereur aurait dit au maréchal Bazaine son désir de voir la retraite de l'armée s'effectuer, et le maréchal, comme d'habitude, par timidité, indécision, insouciance, dirons-nous le mot? abrutissement, n'aurait rien répondu . C'est pourquoi, dans la soirée, l'Empereur se reprenant à penser que le maréchal n'a peut-être pas une idée assez nette sur ce qu'il faut faire, se met à lui écrire ce mot : «Voyez ce qu'il y a à faire, et, si nous ne sommes pas attaqués demain, prenons une résolution. »

Ainsi, en assumant le commandement suprême et la responsabilité de l'avenir de la France, le maréchal Bazaine n'a rien voulu dire à l'Empereur qui, quelques heures après, s'en inquiète.

Pourquoi ce silence? Était-ce pour cacher sa pensée ou bien n'en avait-il aucune? A l'abri de la renommée que l'opinion de tous les partis lui faisait, le glorieux Bazaine n'était-il qu'un incapable?

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