‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 125 sur 194 · LE MARECHAL BAZAINE · texte numérisé non relu

LE MARECHAL BAZAINE

En 1870, il a cinquante-neuf ans; mais il paraît plus. De taille moyenne, il semble petit : son buste est trop long et ses jambes trop courtes; il est devenu très gros : manquant déjà de cou dans sa jeunesse, il n'en a plus du tout maintenant, et sa tête, très forte, avec un triple menton et une nuque à gros replis, est à même ses épaules; ses traits, qui autrefois exprimaient l'énergie, sont maintenant perdus dans une chair jaunasse et molle qui leur enlève toute netteté. De face, sa figure est ovale, mais de profil ce n'est plus qu'une grosse boule à laquelle deux tout petits yeux, très enfoncés dans la graisse, et sur lesquels retombent sans cesse les paupières, donnent une expression particulière. C'est quelqu'un de fatigué, qui doit faire effort pour regarder.

Que lit- on dans le regard atone de ces yeux en somnolence? L'apathie, l'insouciance, la nullité morale et intellectuelle la plus complète : le cerveau et la pensée ont disparu de cette grosse tête, et le corps, trop ramassé et trop pesant, a également perdu beaucoup de son activité.

Tel est l'homme au physique et au moral, mais il n'a pas toujours été ainsi : à pousser, sous leur bouffis-

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sure, l'analyse de ses traits, on découvre qu'il a été énergique, actif, adroit, industrieux, sinon intelligent, réfléchi et perspicace.

Sa vie tout entière d'aventures est comparable à celle des plus célèbres héros de roman.

Il naquit à Versailles, le second enfant d'un père très doué pour les chiffres, qui avait eu le prix d'honneur de mathématiques au grand concours de 1802, et qui, au moment où vint au monde le futur maréchal, était en mission en Russie où il se distingua comme ingénieur, architecte et pédagogue et arriva aux premiers rangs de la hiérarchie impériale : on a même prétendu que c'était lui qui avait dressé les plans de la forteresse de Sébastopol.

Gomment l'acte de naissance du jeune Achille Bazaine porte-t-il que son père était en 1811 ingénieur en chef du département de Seine-et-Oise, ce qu'il ne fut jamais? Gomment cet acte le fait-il naître à Versailles en 1811, quand son père avait quitté la France en 1809 pour aller au service du tzar Alexandre 1er? Quand perdit-il sa mère née Marie Vasseur, sauir de Mme Glapeyron femme du célèbre mathématicien, membre de l'Institut? Gomment le jeune Achille Bazaine, après avoir vraisemblablement perdu sa mère et été abandonné par son père, fut-il élevé à la pension Barbet-Massin? Gomment le baron Roger, député du Loiret sous la monarchie de juillet, fut-il amené à « diriger son éducation» et « aie faire élever? » Gomment et pourquoi cet homme politique écrivait-il au maréchal Soult, le 15 février 1844, qu'il « considérait le commandant Bazaine comme un véritable fils d'adoption » qu'il veut aider de « son intervention quasi paternelle? » Je ne puis le dire :

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