BA'Z.VINE SAUVE LE GENERAL CONRAD
mais ce qui est positif, c'est qu'ayant échoué aux examens d'entrée à l'École polytechnique, où son frère aîné avait été reçu en 1829 sous le nom de Bazaine- Yasseur, il demeura sans un sou vaillant sur le pavé, que pour vivre, il dut se faire embaucher comme garçon épicier et que le métier ne lui convenant pas, il s'engagea le 23 mars 1831.
Cinq ans après, déjà officier dans la légion étrangère, il guerroyait en Espagne contre les Carlistes, où, en délivrant sous les yeux de ses compagnons le général Conrad cerné et sur le point d'être massacré, il avait l'occasion de faire preuve de ce sang-froid et de cette impassibilité au feu qui ne l'abandonneront jamais et qui seront une des sources de sa fortune.
En 1840 il entrait dans les chasseurs à pied lors de leur création, et au camp d'Helfaut, où étaient réunis les nouveaux bataillons, il obtint, cette année même, le premier prix de tir sur tous ses camarades.
Coup d'œil et sang-froid, ce sont les deux qualités principales du tireur, et tous les officiers et les soldats les constatent chez ce capitaine trapu, peu communicatif, dont la poitrine est couverte de décorations exotiques gagnées dans des guerres lointaines.
Lorsqu'en 18 47, Abd-el-Kader, à bout de ressources, se rend, c'est au commandant Bazaine qu'il remet son yatagan, ce qui le place tout à fait en vue, si bien qu'à la guerre de Grimée, il est colonel dans la légion étrangère.
De 1842 à 1851, il avait quitté le commandement actif de la troupe pour devenir chef des affaires arabes à Tlemcen et à Oran; il avait acquis dans ces fonctions l'usage familier de la langue de l'islam et avait étudié et
sondé le caractère des indigènes dont le maniement n'avait plus de secret pour lui. Quoique son administration lui eût valu des éloges unanimes, le général Pélissier, qui l'inspectait en 1850, trouvait qu'en demeurant si longtemps éloigné du soldat, « il avait perdu du sentiment militaire, » qu'il arrivait à « manquer aussi d'instruction pratique, et qu'il fallait, sans tarder, le remettre dans la troupe. »
Lorsqu'il était directeur du bureau arabe de Tlemcen, la garnison de cette ville se plaignait perpétuellement de l'absence de tout hôtel ou auberge, et le fait est qu'il en résultait force inconvénients auxquels le général Bedeau s'efforça de parer, en demandant à notre consul à Garthagène si quelque hôtelier espagnol ne voudrait pas tenter la fortune à Tlemcen. Peu après débarquait à Mers-el-Kébir une dame ïormo avec ses trois filles qui avaient tenu uneposada dans la province de Murcie. Elles vinrent à Tlemcen où l'administration militaire facilita la création de leur établissement. Le commandant Bazaine devint bientôt un des hôtes de la famille Tormo et c'est alors qu'il remarqua la dernière fille — Maria de la Soledad — âgée de dix-sept ans. Il s'intéressa à elle et demanda à sa mère l'autorisation, accordée sans difficulté, de se charger de son éducation. Il l'installa dans une maison d'Oran où il lui fit donner des leçons et où il allait souvent la chercher pour faire avec elle de longues promenades à cheval.
Tout le monde, à Oran et à Tlemcen, connaissait la jeune « Soledad » , comme on l'appelait familièrement. Elle dansait la cachoutcha en s'accompagnant des castagnettes avec une grâce charmante, souriant toujours à tout le monde : on la rencontrait dans les rues où elle