‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 130 sur 194 · BAZAINE MAKECHAL DE FRANGE · texte numérisé non relu

BAZAINE MAKECHAL DE FRANGE

aucune des qualités brillantes qui permettent de plaire, il se sent mal à l'aise dans la société, même avec ses collègues, les autres maréchaux.

Ne fréquentant pas le monde, le qu'en dira-t-on ne le retient pas plus que la morale.

En 1866, Napoléon III, inquiet de ce qui se passe au Mexique et rendu méfiant par ce qui lui revient de tous côtés sur les agissements du maréchal Bazaine, veut tirer au clair la situation. Mais rencontrant une résistance décidée à tous ses projets d'enquête de la part de son ministre de la Guerre, le maréchal Randon, moins perspicace que lui, il attend qu'il prenne un congé et, saisissant alors cette occasion, en septembre 1866, il confie par intérim le portefeuille de la Guerre à M. Béhic, avec qui il se met d'accord pour l'envoi au Mexique d'un homme de confiance, le général de Castelnau. Le représentant de l'Empereur sera «autorisé à connaître de toutes mesures projetées » , disent les lettres patentes du 17 septembre 1866, « et dans le cas où il trouverait ces mesures en contradiction avec nos décisions, il est autorisé à s'opposer à leur exécution et à cet effet toutes les autorités devront, sur sa réquisition écrite, obtempérer aux instructions qu'il leur donnera en notre nom, comme si elles émanaient de nous-mêmes » . — Le général Gastelnau devra aussi renseigner exactement Napoléon III sur toutes choses.

Les officiers français du cabinet de Maximilien ont toujours prétendu que le maréchal Bazaine, désireux de connaître exactement les pouvoirs donnés au général Gastelnau, avait, un jour où il le savait sorti, envoyé un émissaire chez lui demander de sa part l'original des lettres patentes le nommant commissaire extraor-

dinaire, mais que le secrétaire du général s'était refusé à toute communication sans un mot décrit.

Si ce fait est demeuré douteux, il est positif qu'à la fin de Tannée 1866 le maréchal Bazaine se procura le brouillon d'un rapport confidentiel et accusateur du général Gastelnau à l'Empereur, et que le jour même il y répondit par une lettre qu'il adressa au ministre.

Cette communication surprenante avait été faite, disait-on à Mexico, par une ordonnance qui, en balayant la chambre du général Gastelnau, avait trouvé le brouillon en question par terre, et l'ayant lu, avait jugé qu'il devait le porter au maréchal.

Dans r état-major de l'armée cette explication fut généralement admise, et on y ajoutait que l'ordonnance n'avait pas agi ainsi sans avoir été acheté auparavant.

Or, d'après un ancien officier d'ordonnance du maréchal Bazaine qui vit encore, le fait se serait passé différemment.

Le général Gastelnau occupait à Mexico une maison annexe du palais de Buenavista qu'habitait le maréchal ; cette maison, avant l'arrivée de l'aide de camp de l'Empereur, était la demeure des officiers d'ordonnance et aides de camp du maréchal, et elle avait une communication intérieure qui s'ouvrait sur le salon où se tenait l'officier d'ordonnance de service; le lieutenant Lapierre du 2e chasseurs d'Afrique, dont c'était le tour ce jour-là, eut besoin de s'absenter, et passant par la porte intérieure il alla dans un endroit retiré de la maison qu'il avait habitée jusqu'alors : là il aurait trouvé des papiers déchirés et après les avoir lus et en avoir

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saisi l'intérêt il aurait rapporté tous les morceaux qu'il aurait trouvés au maréchal.

On s'étonnera toutefois qu'une personne aussi avisée et prévenue que l'était le général Gastelnau ait pu laisser traîner ainsi des papiers importants : on le comprendra d'autant moins que le général Gastelnau, se méfiant de la poste et craignant que ses lettres ne fussent lues par le maréchal, envoyait son officier d'ordonnance, le lieutenant Paul de Saint-Sauveur, jusqu'à la Nouvelle- Orléans remettre ses rapports en mains propres au commandant du bâtiment qui devait les apporter en France.

Or, cette fois, pendant que M. de Saint-Sauveur faisait diligence pour traverser une partie du Mexique et aller par mer de Vera-Cruz à la Nouvelle-Orléans, le maréchal lisait tranquillement la minute du rapport qu'emportait l'officier et par le même courrier il envoyait sa justification qui parvenait à Paris en même temps que l'accusation.

S'il est roué, s'il cherche toujours à agir par des moyens petits, détournés ou peu avouables, c'est qu'il ment toujours, naturellement, sans raison, par habitude; on ne sait réellement pas pourquoi, car il est sûr que son mensonge sera découvert : c'est de la monomanie chez lui.

En 1866, l'empereur Maximilien met au ministère de la Guerre et des Finances le général Osmont et l'intendant Friant. Tous les deux écrivent au maréchal, qui est absent de Mexico, pour lui demander s'ils doivent accepter. De la Griega, il répond au général Osmont, le 4 juillet 1866 : « Il n'y a pas à hésiter, il faut accepter. Vous pouvez compter sur

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moi pour vous aider, vous soutenir et vous faciliter votre besogne » . Puis, il écrit à Paris que ces deux officiers ont accepté sans son autorisation et qu'il faut les blâmer.

Quand, à la fin de l'année 1866, Napoléon III veut obtenir l'abdication de Maximilien , pour lequel il redoute une catastrophe, il charge le maréchal avec le général Gastelnau et le ministre de France , M. Dano, de le décider. Ces trois personnages réunis signent une note dans le sens indiqué; puis, quand il s'agit de la remettre, le maréchal s'excuse d'être retenu ailleurs. Le 22 décembre 1866, le général et le ministre, seuls, remettent la note, la commentent et ajoutent que le maréchal partage absolument leur opinion. « A quel moment le maréchal parlait-il ainsi? interrompt l'Empereur. — Le 8 décembre, date où il a signé cette note avec nous. — Eh bien, il a changé d'avis. Voici une dépêche datée d'hier et où il me conseille de rester, et il m'offre son appui si je me décide... » et l'Empereur Maximilien tend la dépêche au général Gastelnau qui en lit le contenu.

« Cette dépêche de la veille, écrivait ce soir même le général Gastelnau à Napoléon III, invitait l'Empereur, Maximilien à garder la couronne, ajoutant que rien n'était possible au Mexique que l'Empire, et qu'il ferait tous ses efforts pour le soutenir. Gomme je courbais la tête devant ce mouvement de duplicité, continuait le général Gastelnau, l'Empereur Maximilien, après avoir joui un moment de notre confusion, nous dit : « Vous ne paraissez pas être encore habitués aux façons d'agir du maréchal; pour moi j'y suis fait depuis longtemps et je sais quel fonds on peut faire sur lui.

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