L'EMPEREUR MAXIMILIEN
Je déplore son manque de franchise dont plus que personne j'ai été victime, mais aujourd'hui, sans plus me confier à lui, je m'en sers comme d'un instrument pour l'exécution de mes desseins. Il s'ingénie à tromper tout le monde et il s'imagine qu'il y réussit alors que personne n'est plus sa dupe. » — 22 décembre 1866.
Le maréchal Bazaine aime à avoir auprès de lui des gens sans scrupule, des noceurs ou des joueurs invétérés, pour qui tous les moyens de se procurer de l'argent sont bons. Son confident et son inspirateur est le général Napoléon Boyer, son premier aide de camp, fils du général Boyer coupe-tête : il a été, comme son chef, abandonné dès l'enfance, et n'a eu aucune leçon de moralité. Petit, fort laid, avec un nez énorme et de tout petits yeux, c'est un rédacteur hors ligne, un bourreau de travail, adroit, très intelligent, à qui l'on peut confier toutes les besognes, pourvu qu'il y ait quelque chose à gagner : dès Saint-Cyr, ses camarades l'avaient pris en mince estime. Au Mexique, il est entre les mains d'une femme qui aura sur lui, en 1870, la plus fâcheuse influence et en la société de laquelle il ira s'éteindre misérablement à l'Isle-Adam, ayant abandonné tous les siens. Il sera le « mauvais génie du maréchal » , comme le qualifieront la maréchale et de nombreux amis.
Il n'a pas que des aigrefins autour de lui : brave lui-même, il aime aussi à s'attacher ceux qu'il a distingués sous le feu; aussi fit-il plus tard son officier d'ordonnance du commandant Gudin dont il avait remarqué la belle conduite à Rezonville dans la charge des cuh rassiers de la Garde.
Parvenu, il admire les gens titrés : il est hypnotisé
par un grand nom, croit en ceux qui le portent, et avec une adresse consommée, demeure vis-à-vis d'eux le bonhomme qu'il paraît être avec tout le monde et ne laisse rien voir de ses roueries. Ainsi attache-t-il à son état-major particulier le capitaine de Mornay- Soult qui, jusqu'à son dernier jour, lui montrera un noble dévouement. Quand le maréchal sera abandonné, qu'il recevra des injures de ceux surtout qui l'auront le plus flatté, M. de Mornay défendra sa mémoire, restera un fidèle ami, qui continuera à le voir, à l'encourager, sacrifiant son avenir à cette reconnaissance si rare quand l'intérêt est en jeu. Le commandant Gudin aura une conduite aussi digne et aussi méritante.
Toutefois, il n'a pas la vanité du parvenu, il a le bon sens de ne pas s'en faire accroire, et, au moment de la naissance de son premier fils, qui est tenu sur les fonts baptismaux par l'Empereur et par l'Impératrice du Mexique, il refuse le titre de duc que Maximilien veut lui conférer, jugeant la chose plutôt ridicule.
Au Mexique, le maréchal Bazaine prit l'habitude de tout faire avec son cabinet, même d'envoyer des ordres aux troupes, sans en prévenir son chef d'état-major et les services compétents, qui ignoraient ainsi la position et les besoins de l'armée etqui ne pouvaient lui assurer les vivres ou les munitions, ou même lui faire parvenir des secours en cas de nécessité. Bien entendu, le service des renseignements, si important dans une armée, et qui ressort essentiellement de l'état-major, lui est retiré avec un soin jaloux et exclusivement réservé au maréchal.