LE MARECHAL BAZAINE REFUSE D ETRE DUC
On ne saurait trop blâmer de tels procédés employés seulement pour cacher de vilaines intrigues.
On a accusé le maréchal d'avoir été homme d'argent : ce n'est pas exact; car, personnellement, menant une vie très simple et toujours très frugale, déjeunant et dinant en quelques minutes, il était sans besoins. Mais autour de lui une bande d'affamés le grugeaient sans cesse et se faisaient donner tout ce qu'il possédait. Plus tard, sa seconde femme, coquette et dépensière, le poussera aux démarches les plus pénibles pour son amour-propre, même les plus honteuses. En fait, il est toujours à court d'argent, parce qu'il ne sait pas refuser, et, après la guerre de 1870, il n'aura même pas la somme suffisante pour payer le retour de sa famille à Paris.
11 perdit sa première femme en 1863, alors qu'il était général en chef au Mexique, dans des circonstances dramatiques qui l'amenèrent à contracter, à cinquante-quatre ans, une nouvelle union avec une toute jeune fille dont l'influence lui fut aussi néfaste que celle de sa première femme lui avait été utile.
C'était à la fin de 1863. Mme Bazaine avait entretenu une correspondance suivie avec M. B. D..., marié à une actrice delà Comédie Française, MlleJ..., connue pour son succès dans le rôle de Rosine du Barbier de Séville. Celle-ci, d'un naturel jaloux, et curieuse, fouilla dans les papiers de son mari et y trouva la correspondance en question. Séance tenante, elle en fit un pli qu'elle adressa au général en chef à Mexico; puis, quelques jours après, seulement, elle informa la principale intéressée. Mme Bazaine était sur le point de partir au Mexique, en compagnie du mar-
quis et de la marquise de Montholon et de Mmes Roussel de Gourcy et de Rancy pour rejoindre son mari qui la demandait dans chacune de ses lettres. A ce coup, elle prit le train sur l'heure, se rendit à Gompiègne, et demanda à l'Empereur de télégraphier à Brest pour faire rattraper le courrier par le plus rapide de nos bâtiments et rapporter à Paris tous les plis adressés au général en chef. L'Empereur accéda à son désir; mais, apprenant, peu après, que le bateau envoyé à la recherche du courrier était arrivé trop tard et se croyant perdue, elle rentra dans la villa de M. Glapeyron, à Ghatou, où elle habitait, s'enferma dans sa chambre et, le lendemain, on la trouvait morte.
Le même jour arrivait, du Mexique à Paris, un jeune officier de chasseurs d'Afrique convalescent , M. de James, qui avait reçu, à la charge de Gholula, onze coups de lance dans le corps et deux coups de pistolet dans la figure; il apportait à Mme Bazaine de la part de son mari divers cadeaux, des bijoux indiens et des étoffes; empressé à faire la commission, il chercha à joindre Mme Bazaine et fut un des premiers à connaître l'événement.
Mme Bazaine avait pris peur à tort. Le pli était bien arrivé à Mexico, mais à un moment où le général en chef n'y était pas, et ce furent deux officiers de son cabinet, MM. Willette et Glapeyron — le fils du savant mathématicien qui, par sa mère, née Vasseur, était le neveu du maréchal — qui le reçurent, l'ouvrirent, et, après en avoir pris connaissance, le brûlèrent, se promettant de n'en rien dire. Huit jours après, la nouvelle de la mort de Mme Bazaine leur étant parvenue, ils