MORT DK MADAME B A Z AINE
chargèrent le sergent Albert Bazaine, alors secrétaire de son oncle, le fils de l'ingénieur frère aîné du maréchal, cle le prévenir qu il était veuf.
Le général en chef était à la tète d'une colonne à Aguas-Galientcs quand il reçut cette nouvelle. Il savait sa femme délicate et souffrante, il craignait même qu'elle ne fût atteinte de la poitrine et désirait d'autant plus l'avoir auprès de lui à Mexico où il espérait qu'elle pourrait arriver le 19 novembre. Aussi ce fût pour lui un coup terrible; il voulut demeurer d'abord tout entier à son chagrin qui émut chefs et soldats. Longtemps, il parut absorbé par la douleur; mais un jour, à l'arrivée du courrier, il y eut un changement complet dans son attitude et il reprit son insouciance et sa bonne humeur ordinaires.
Peu de temps après la mort de sa femme, il était nommé maréchal de France; à cette occasion, on eut à Paris l'idée de le marier. A en croire l'un de ses proches parents, « il eût pu faire un mariage magnifique, avec une jeune fille de grande fortune et de grand monde ; par indifférence, par timidité, il refusa. » Peut-être même déjà était-il épris de Mlle .losefa de la Peu a?
Cette jeune fille, nièce du président de la République Pedrazza, qui avait quitté le pouvoir sans avoir été fusillé, ce qui le distinguait des autres présidents, habitait la maison de son oncle, mitoyenne de celle occupée par l'état-major de l'artillerie.
Cet état-major était composé déjeunes officiers brillants, qui tous étaient destinés à occuper les plus hautes situations, l'un d'entre eux, même, la plus haute qui existe dans l'armée; avec eux étaient deux officiers iv. 20
prussiens attachés au corps expéditionnaire, les capitaines Von Burg etMilson, et, chaque soir, officiers d'artillerie et officiers allemands, suivant la coutume mexicaine, se mettaient au balcon et y passaient la soirée côte à côte avec les familles Pedrazza et de la Peîia.
D'abord on avait commencé par des saluts ; on en était venu à des compliments, puis à des cadeaux de fleurs et aussi, suivant la mode mexicaine, à l'envoi de baisers de la main. Et tous ces jeunes officiers prétendaient, en tout bien tout honneur, faire leur cour à la ravissante Mlle Pépita (dénominatif de Josefa de la Pena) qui recevait avec une satisfaction marquée ces hommages adressés à sa beauté qu'on citait dans tout Mexico.
C'est à ce moment que le maréchal Bazaine, veuf depuis plus d'un an, eut l'occasion de rencontrer cette jeune fille tant adulée : il en fut épris de suite, et les officiers de l'état-major de l'artillerie, témoins de la cour que ce fiancé d'âge mûr fit à sa future, trouvèrent un peu ridicule pour un maréchal de France le rôle de joueur de guitare qui vient roucouler le soir et passer une partie de la nuit sous le balcon de sa belle.
Bientôt tout Mexico fut au courant de la passion du maréchal, qui, tout à fait épris, demanda à Napoléon 111 la permission de se marier par cette lettre adressée au maréchal Randon, ministre de la guerre :
« Mexico, 28 mars 18(55.
« Monsieur le Maréchal,
« Ayez la bonté de solliciter de Sa Majesté l'autorisation de me marier avec Mlle Josefa de la Peiîa, nièce