‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 134 sur 194 · LE MARECHAL BAZAINE SE REMARIE · texte numérisé non relu

LE MARECHAL BAZAINE SE REMARIE

d'un ex-président du Mexique et du préfet actuel de Mexico.

« L'empereur Maximilien, qui voit cette union avec la plus grande satisfaction, donne à cette jeune fille le palais de Buenavista avec son ameublement. L'impératrice Charlotte m'a beaucoup engagé à contracter cette union qui, à ses yeux, aura une certaine portée politique, et a dû en écrire à S. M. l'impératrice Eugénie pour donner son opinion sur la jeune personne qui est jolie et bien élevée.

« Pour peu que cette union ne soit pas dans les idées de notre Empereur, j'y renoncerais.

« Agréez. ..

« Maréchal Bazaine. »

A peine eut-il épousé cette femme, qui avait trentesix ans de moins que lui, qu il lui arriva ce qui arrive à tous les vieillards amoureux : son intelligence s'éteignit, ses facultés, sa mémoire et sa lucidité surtout baissèrent; l'activité morale et physique disparut pour laisser la graisse envahir le corps ; la volonté et l'énergie s'en allèrent et il lui fut impossible de résister à la moindre des fantaisies de la jeune maréchale, vaniteuse, coquette, sans éducation ni distinction et qui n'avait guère pour elle que la beauté que tous lui reconnaissaient.

Une des premières fantaisies qui passèrent dans la tète de la jeune femme fut de pousser son mari à se substituer à Maximilien, sinon comme empereur, au moins comme vice-roi ou comme dictateur.

Dès 1864, le président de la junte municipale de

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Mexico lui avait proposé la vice-royauté — et il ne s'en cachait pas, car il en fit la confidence à nombre d'officiers qui existent encore. Sans repousser positivement cette ouverture, il ne s'engagea à rien; mais l'idée soulevée prit germe et, le 28 mai 1865, il en parlait au ministre de la guerre à Paris : « J'ai reçu à cet égard des confidences..., disait-il, et je sais que, plutôt que, de recevoir le joug américain, les conservateurs n'hésiteraient pas à se donner au bras qui les a soutenus et sur lequel ils basent toutes leurs espérances. »

« Il y a trois partis au Mexique, répétait, — au dire du général Gremer, — le sergent Albert Bazaine, neveu, secrétaire et surtout « enfant gâté » du maréchal, comme l'appelaient les officiers de l'état-major : le parti impérialiste, le parti républicain et le parti du maréchal : ce dernier n'est pas le moins puissant. » — « Que voulez-vous? écrivait encore le futur général de Galliffet à M. Franccschini-Pietri, secrétaire intime de Napoléon III, que voulez-vous, il avait, un moment tout au moins, entrevu une présidence. » (2 février 1867.) Quant au colonel Napoléon Boyer, l'éminence grise du maréchal Bazaine, quoiqu'il fût ordinairement peu loquace, un soir, après dîner, il s'écriait : « Moi avec ma plume, et le maréchal avec son épée, nous sommes les maîtres de la situation. »

Ces velléités étaient connues de Maximilien, de Napoléon III et de beaucoup d'autres, comme le prouve cette lettre de Mérimée qui tenait ses renseignements de l'Impératrice Eugénie : « On prétend que le maréchal Bazaine veut être lui aussi empereur du Mexique et il y a des gens qui croient la chose faisable. » (28 août 1866.) Et comme le maréchal se contredisait sans cesse, disant

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