‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 136 sur 194 · LE GÉNÉRAL CASTELNAU · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL CASTELNAU

Le général Castelnau, d'abord sceptique, voulait ne pas croire ce qu'il entendait dire, mais peu à peu il était obligé de céder devant l'évidence, et il en rendait compte à l'Empereur.

« 11 est impossible que le maréchal ne nous trompe pas, écrit-il à l'Empereur le 8 novembre 1866, il nous trahit et s'entend avec Maximilien à notre insu et pour son propre compte. » (8 novembre 1866.)

« J'avais l'intime conviction que le maréchal ne voulait se rendre à Orizaba que pour avoir une conversation particulière avec Maximilien et faire cause commune avec ses conseillers afin d'empêcher son abdication... » (9 décembre 1866.)

« Et tandis que le maréchal Bazaine faisait des avances à Maximilien, il recevait à déjeuner, le 2 décembre, le général républicain Porfirio Diaz. » (Lettre du capitaine Pierron au général Castelnau, 9 décembre 1866, confirmée par le général M. Boyer quelques jours après.)

« Défiez-vous du maréchal, disait un personnage sans doute bien informé, puisque le général Castelnau rapporte sa conversation à Napoléon III; tenez pour certain qu'il cherche à faire échouer vos efforts... Tout moyen sera bon au maréchal pour prolonger son séjour au Mexique : il est tenu par bien des intérêts particuliers et j'ai la conviction qu'il se consolerait d'un désastre militaire, si ce désastre devait empêcher le départ de l'armée avant la fin de l'hiver. » Cette conversation, continue le général Castelnau, me laissa l'impression la plus pénible, et lorsque dans la journée du 18, je reçus communication d'une lettre de l'empereur Maximilien où il était question de ses engage-

ments envers la famille du maréchal, je compris que je ferais sagement de ne plus dédaigner les avis qui m'étaient donnés de toutes parts sur le double jeu du maréchal... » (Rapport à l'Empereur du 28 novembre 1866.)

L'évacuation décidée, toujours sous l'influence de sa femme, il en recule de jour en jour l'exécution. Ceux des officiers d'état-major de l'armée et de l'artillerie qui vivent encore affirment que la jeune maréchale redoutait le séjour de Paris. A Mexico, surtout depuis le départ de l'impératrice Charlotte, elle était la première, presque la souveraine, proclamée la plus jolie femme du Mexique ; à Paris, elle serait perdue dans la masse. La cour des Tuileries l'effrayait; elle y paraîtrait bien insignifiante, peut-être même ridicule, et au milieu de toutes les beautés dont on parlait tant, à commencer par l'impératrice Eugénie, quelle situation aurait-elle? Ces réflexions lavaient poussée plusieurs fois à affirmer qu'elle resterait à Mexico et n'irait pas à Paris.

11 lui fallut cependant céder; mais ce ne fut pas de bon cœur, et le futur général de Galliffet en instruisit M. Franceschini-Pietri dans une de ses lettres où, par son entremise, il mettait Napoléon III, dont il avait été l'officier d'ordonnance, au courant de tout. « Il y a deux jours, il y a eu des pleurs et des grincements de dents. La maréchale, qui devait partir le 27, puis le 29, puis le 1er, a fini par ne plus vouloir partir du tout et le maréchal, ne sachant plus où donner de la tête et faible comme un enfant devant sa femme, qui lui fait bien du tort ici, montrait une irrésolution qui donnait lieu à tout le monde de faire des réflexions fâcheuses. » (2 février 1867.)

Page 1