INFLUENCE DE LA MARECHALE BAZAINE
Cependant sa réputation militaire demeure intacte, même pour le général de (ialliffet qui, sous ce rapport, lui décerne les plus hauts éloges : « Le maréchal Bazaine que Ton retrouvera un jour grand homme de guerre... » écrit-il à la date du 27 octobre 1806 ; et une autre fois : a Le maréchal, malgré ses erreurs, est encore utilisable et dans les meilleures conditions. Qu'à la première guerre, l'Empereur exige que sa femme reste en France, et vous retrouverez un grand homme de guerre. » (2 lévrier 1867.) Le colonel d'Espeuilles, lorsque M. Franceschini-Pietri lui apprend que Napoléon III pense à rappeler le maréchal Bazaine, donne au secrétaire de l'Empereur une appréciation identique : « Tu me dis, écrit-il le 19 juin 1866, qu'il est question du rappel du maréchal; je considère cette mesure comme très funeste. Le maréchal a une grande position ici; cela tient à sa gloire militaire et aussi à la sympathie des Mexicains pour lui : il parle leur langue à merveille, etc. »
On voit à quel degré Napoléon était préoccupé des événements du Mexique : et, à coup sûr, s'il eut tant de peine à se décider, en août 1870, à remettre le commandement en chef au maréchal Bazaine, c'est que tout ce qu'il avait su en 1865, 1866 et 1867, de vrai ou faux sur la conduite du maréchal au Mexique, l'avait profondément frappé.
En effet, la duplicité éclatait dans tous les actes du maréchal Bazaine : elle était même tellement dans le fond de son caractère qu'elle l'amenait à croire sincèrement que Ton ne réussit que par des routes tortueuses; aussi le besoin de toujours tromper l'a conduit à se tromper lui-même et à ne plus comprendre où était
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la voie droite. Il a toujours négocié avec les partis adverses : est-ce en Espagne, dans les guerres civiles entre christinios et carlistes; est-ce en Algérie, dans l'administration des bureaux arabes, qu'il a pris cette habitude?
Il entretient à la fois des intelligences avec les généraux républicains Doblado, Ortega et Escobedo et en même temps avec les généraux impérialistes Marquez et Mira m on et le secrétaire gallophobe de Maximilien, M. Eloin. L'une de ces négociations, que le général Castelnau n'a fait qu'entrevoir, nous a été révélée en détail par le général Porfirio Diaz; elle est intéressante à connaître, car elle est le prélude de celles que le maréchal Bazaine engagera à Metz avec les Prussiens.
Le général mexicain Porfirio Diaz, après avoir pris Oajaca, en octobre 1866, envoya au maréchal un certain Don Carlos Thiele lui rapporter le sabre du coinmandant Testard qui avait été tué et lui proposer un échange de prisonniers. Le maréchal profita de la présence de ce tiers pour faire offrir au général Porfirio Diaz des uniformes, des chevaux, des mulets, des fusils, des canons, des munitions qui furent refusés. Puis, revenant à la charge, il lui fit, par le même intermédiaire, de nouvelles propositions tellement extraordinaires que nous cédons la parole à Porfirio Diaz pour les exposer : « Le maréchal, écrit-il, chargea Don Carlos Thiele de me dire, qu à son départ de Mexico pour la côte, il s'arrêterait trois jours à Avolta, — comme il le fit, au reste — et que, dans le cas où j'attaquerais la capitale pendant qu'il ferait ce séjour, il désirait avoir par Thiele la description des uniformes de mon armée pour les distinguer