‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 138 sur 194 · NÉGOCIATIONS AVEC L'ENNEMI · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS AVEC L'ENNEMI

de ceux de Maximilien, parce que, dans le cas où je marcherais sur Mexico, il y rentrerait de son côté sous prétexte d'y rétablir Tordre, et les choses se passeraient alors à ma satisfaction et à la sienne. Je compris, continue Porfirio Diaz, par ce message, qu'il tenait à me faire savoir qu'il m'aiderait à memparer de Mexico pendant que Maximilien y serait, pourvu qu'en échange, je consentisse à certaines propositions insidieuses contre le gouvernement de Juarez, afin que la France pût traiter avec une autre autorité avant de quitter le Mexique. »

« Il ne me semblait pas convenable, conclut le général Porfirio Diaz, de prolonger ces relations ouvertes pour un échange de prisonniers et qui en arrivaient là. Je le dis à Thiele pour qu'il le fit savoir à Bazaine comme étant la seule réponse que j'avais à lui faire. »

Le général Porfirio Diaz, réélu sept fois, est encore actuellement président de la République du Mexique ; c'est un homme que nos généraux, alors qu'ils le combattaient, et que tous les États du monde ont appris à respecter : son témoignage ne peut donc être douteux. Et lorsque, le 10 décembre 1886, l'ex-maréchal Bazaine voulut, par une lettre qu'il lui adressa de Madrid, le faire revenir sur ses dires, il les maintint dans une réponse des plus nettes (11 janvier 1887.) Du reste Thiele avait, durant ces pourparlers, rencontré plusieurs fois M. Gentule de Béarn, premier secrétaire à la légation de France, et l'avait amplement renseigné sur ces pourparlers qui, de ce fait, étaient aussi connus au ministère des affaires étrangères.

Si le général Porfirio Diaz refusa les offres d'uni-

formes, d'armes et de munitions, le maréchal Bazaine s'arrangea pour que les troupes de Maximilien ne pussent en profiter : au lieu de les lui abandonner, il fit noyer les poudres, briser les projectiles et vendre à des prix insignifiants, sinon donner, ce que contenaient nos magasins, si bien que 21,000 soldats mexicains de l'armée républicaine purent, toujours sur l'affirmation de Porfirio Diaz, être complètement équipés et armés.

Maintenant, comment expliquer en cette circonstance la conduite du maréchal Bazaine, qui, après avoir engagé Maximilien à rester sur le trône, malgré les ordres qu il avait reçus, et l'avoir assuré de son appui, fournit des armes à ses ennemis, et leur promet de leur livrer sa capitale et même sa personne?

Sans doute, le maréchal espérait que tout cela ne serait pas su, ou bien qu'il arriverait à faire substituer à Juarez — avec qui le gouvernement français avait répugnance à traiter — un autre Président, et qu'on ne verrait alors que le résultat, sans connaître les moyens mis en œuvre pour l'obtenir; ou bien il pensait qu'en raison du vague de ses communications avec les représentants de tous les partis, on ne pourrait formuler aucune accusation précise contre lui. Mais pourquoi alors avait-il empêché Maximilien de quitter le Mexique, lorsqu'il y était décidé, en octobre 1866? Ceci, comme beaucoup d'autres choses dans la vie du maréchal, demeure inexplicable.

Inexplicable est bien le mot qui convient à sa conduite en toute cette affaire, puisque, après avoir dissuadé l'Empereur de quitter le Mexique en janvier 1867, après avoir proposé à Porfirio Diaz de le lui livrer

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