‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 139 sur 194 · CONDUITE INEXPLICABLE 3 I · texte numérisé non relu

CONDUITE INEXPLICABLE 3 I

en février, il envoie au général Castagny, à Puebla, en mars 1807, l'avis de faire savoir à l'empereur Maximilien à Mexico que, sil veut encore partir pour l'Europe, la division Castagfhy l'attendra pour l'escorter jusqu'à la Yera Gruz.

S il a proposé au général Porfirio Diaz de lui livrer Maximilien, il encourage, par contre, les généraux de Maximilien à faire leur devoir. x\insi lorsqu 'il quitte Puebla à cheval, suivi de son état-major, il croise Lopez qui avec son régiment allait à Mexico; il s'arrête et en espagnol lui dit, de telle façon que tous autour de lui l'entendirent : « Lopez, vous avez été comblé par l'empereur Maximilien et l'impératrice Charlotte, et moi-même je vous ai fait donner la Légion d'honneur; votre souverain va avoir besoin de vous, j'espère que vous ferez tout pour le défendre... — Si, senor Marescal, je vous le jure », répondit celui qui allait vendre son maître à Queretaro.

Chez le maréchal Bazaine, la contradiction est l'état normal et perpétuel. Son absence de sens moral l'empêchait même de voir ce qu'il y avait d'odieux dans sa conduite, et il ne se croyait pas répréhensible ; aussi fut-il stupéfait, lui qui comptait être reçu à son arrivée en France comme un général vainqueur, quand, en débarquant à Toulon, il apprit qu'on ne lui rendrait pas les honneurs auxquels il prétendait avoir droit. Peut-être s'exagéra-t-il la portée de cette mesure, qui avait été aussi appliquée au maréchal Pélissier, le glorieux vainqueur de Malakoff, à son retour de Grimée. Dabord, on rend les honneurs à un chef qui prend le commandement; lui en doit-on également quand il le quitte? Et puis à tout prendre, il semble que ce ne fut

pas là une marque de disgrâce; car le maréchal Niel. qui avait remplacé le maréchal Randon au ministère de la guerre, accueillit chaudement son collègue à son retour, lui confia les plus importants commandements : en temps de paix, celui du corps d'armée de l'Est, et, en cas de guerre, celui de l'armée de Lorraine, la plus nombreuse et la plus agissante des trois armées.

Si l'Impératrice, chevaleresque et impétueuse, lui reproche avec exaltation d'avoir été la cause de la mort de Maximilien, l'Empereur, toujours calme, le reçoit affectueusement à Saint-Gloud et lui recommande de prendre copie du plan de campagne défensif que vient de terminer le général Frossard. C'est ce plan que Ton a retrouvé dans les archives de l'armée du Rhin, portant en marge des notes si curieuses et si suggestives de la main du maréchal Bazaine.

Tandis qu'il reçoit le plus important commandement militaire du pays, l'opposition voit en lui une victime et un mécontent, et tout de suite des relations indirectes s'établissent entre les adversaires de l'Empire et lui, par l'entremise de son frère aîné, M. Bazaine-Yasseur, qui a de tout temps professé des opinions républicaines ; puis, par un de ses anciens officiers d'escorte au Mexique, le comte de Kératry, qui est devenu son homme lige. Le maréchal ne repousse pas ces avances : l'Empire a subi des échecs, il est attaqué de toutes parts; s'il venait à crouler, il serait bon d'avoir des intelligences avec ceux qui le remplaceront; et bientôt il entretient lui-même des correspondances avec tous les chefs de l'opposition quelle qu'elle soit, même avec les légitimistes : on ne sait ce qui peut arriver, et il faut

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