‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 149 sur 194 · PESSIMISME DU GÉNÉRAL COFFINIÈRES · texte numérisé non relu

PESSIMISME DU GÉNÉRAL COFFINIÈRES

temps : son aide de camp le capitaine Serval le répète et va mêmejusqu'à dire qu'il n'y aurait plus qu'à capituler.

Durant le dîner, le général Goffinières revient sur une idée qu'il avait déjà soumise à l'Empereur : « Puisque les Prussiens, dit-il, nous poursuivent comme les Curiaces poursuivaient les Horaces, pourquoi ne leur faisons-nous pas tète ; nous pourrions venir successivement à bout de leurs troupes. »

Mais l'Empereur lui répond que le départ de l'armée pour Verdun est irrévocablement décidé et lui parle longuement des moyens de l'effectuer par la préparation du passage de la Moselle.

Le maréchal Le Bœuf assistait au diner : il était profondément ulcéré des récriminations qu'on élevait sans cesse contre lui et souffrait de la fausse position de maréchal de France à la suite de l'Empereur où il se trouvait depuis sa démission : ayant entendu ce qui venait de se dire et ayant su toutes les objections que dans la nuit du 6 au 7 août le général Gofhnières avait faites pour accepter le commandement supérieur de Metz, il le prit à part et lui dit :

« Je ne veux pas quitter l'armée ; mais je suis sans position. L'Empereur m'a promis la première place qui serait vacante; veux-tu rentrer dans ton poste de commandant en chef du génie de l'armée? » et il lui exposa l'impossibilité où il serait, puisque l'armée allait quitter Metz pour se diriger sur Ghàlons, d'être à la fois commandant du génie de cette armée et gouverneur de la place. « Moi, ajoute-t-il, je me constitue défenseur de Metz, j'ai confiance dans ses ressources et je crois qu'en tenant, je rendrai encore un grand service. »

336 GANROBEUT

Le général Goffinières répondit : « L'Empereur ma donné un témoignage de confiance, etc.. » et il refusa, demeurant à la fois titulaire de deux fonctions incompatibles : gouverneur d'une place forte où il devait rester et commandant du génie de l'armée qui s'éloignait et qu'il lui aurait fallu suivre pour diriger son service.

Vers 10 heures du soir, l'Empereur et les aides de camp qui l'entourent s'étonnent que le maréchal Bazaine n'ait envoyé à létat-major général aucune prescription pour la retraite qui est décidée en principe : peut-être le maréchal Bazaine ne l'aurait-il pas compris? Dans le doute, l'Empereur lui écrit : « Prenons une résolution. »

Ce même jour, 12 août, vers 5 heures du soir, en quittant l'Empereur qui remettait le commandement au maréchal Bazaine, le maréchal Ganrobert rentra à pied de la préfecture de Metz à l'hôtel de l'Europe. Dans les rues et sur la place de la cathédrale, il croisa une foule agitée par endroits, morne et semblable à un troupeau sur d'autres points : c'étaient des ouvriers et des bourgeois de la ville en groupes, occupés à discourir, puis des paysans des environs, vêtus de blouses bleues, en quête d'un gîte, ou bien des officiers et des soldats à la recherche de nouvelles ou de quelque supplément pour leur popote. La place de la cathédrale était transformée en campement d'une tribu en exode. Autour de véhicules de formes variées, chargés de meubles, d'effets et de bibelots divers, étaient attachés des chevaux, et s'agitaient des familles; par places il y avait des cuisines improvisées : certains étaient occupés à manger, et d'autres étendus sur de la paille ou du

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