‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 151 sur 194 · PILLAGE ORGANISE · texte numérisé non relu

PILLAGE ORGANISE

wagons d'un train, en jetaient à terre des caisses, des sacs, des bottes de paille ou de foin en plein champ; d'autres remplissaient des fourragères ou des véhicules divers, tandis qu'il y en avait qui s'en allaient à pied chargés comme des bêtes de somme.

Le lieutenant a fait enlever un certain nombre de sacs d'avoine et de bottes de foin, et il vient de les rapporter attachés sur le dos du cheval de son ordonnance.

Ce soir-là le maréchal dîna tard dans sa chambre avec les commandants Lonclas, Boussenard et le lieutenant de Forsanz : il résumait ainsi la situation d'après ce qu'il avait su par l'Empereur : l'ennemi menace de nous déborder par la droite ; l'Empereur a remis le commandement de l'armée au maréchal Bazaine avec mission de la ramener à Châlons, de manière à ne pas la laisser couper de l'intérieur du pays et à la réunir aux troupes du maréchal de Mac-Mahon.

Dans la soirée et la nuit le maréchal Ganrobert ne reçut aucune nouvelle. Cependant des trains continuaient à amener à Metz des troupes du 6e corps.

A 4 heures 1/2 du matin le général Bisson, qui était dans l'un de ces trains, vint chez le maréchal Ganrobert : plusieurs fois du camp de Châlons à Metz, il avait cru qu'il serait obligé de retourner. A Frouard il avait vu sur la voie deux cadavres de chevaux et avait remarqué que le ballast était pilé et les bas-côtés marqués de fers de chevaux. Le chef de gare lui a raconté que dans la matinée des uhlans avaient envahi la gare : déjà plusieurs avaient mis pied à terre pour enlever les rails et couper les fils du télégraphe, quand deux traînards, un turco et un zouave, en train de se

rafraîchir à la buvette et peut-être déjà surexcités par ce qu'ils avaient bu, voyant clés Prussiens, avaient décroché leurs chassepots et tiré plusieurs coups. Deux chevaux étaient tombés, et les officiers, croyant la gare occupée par de l'infanterie, avaient fait quatre à quatre remonter à cheval leur monde, et tous étaient partis au galop.

Le chef de gare lui avait demandé, pour empêcher une pareille tentative, de lui laisser quelques troupes.

Un détachement d'infirmiers se trouvait seul dans son train ; il en avait prié le chef de rester jusqu'au passage du train suivant. Mais l'officier, sans s'y refuser, lui avait fait observer que ses hommes avaient des fusils mais pas de cartouches. « Comprenez-vous, disait le général Bisson au maréchal Ganrobert, qu'on m'envoie me battre avec des seringues en guise de chassepots ! »

Le maréchal envoya à l'état-major général le capitaine Avon qui accompagnait le général Bisson demander que l'on prît des mesures urgentes pour protéger, s'il était encore temps, la marche des convois de son corps d'armée dont une partie était en route.

Presque en même temps que le général Bisson, le capitaine de France, de l'état-major général, vint prévenir le maréchal que la voie devait être coupée maintenant. II est rentré cette nuit de mission dans un train où se trouvaient des détachements du Ge corps : à un moment on s'est arrêté : « Pourquoi vous arrêtezvous? » avait-on demandé au mécanicien. « Parce que les Prussiens sont tout près... les entendez-vous, ils sont là... » et comme on percevait dans la direction qu'il avait indiquée un bruit sourd et régulier, on avait

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