‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 152 sur 194 · CHUTE D'EAU DE MARBACHE · texte numérisé non relu

CHUTE D'EAU DE MARBACHE

fait descendre de wagon une compagnie, qui s'était déployée en tirailleurs dans la nuit : soudain un gardebarrière, venant au-devant de la locomotive par la voie, s'était écrié : « Pourquoi n'avancez-vous pas? » — « Il y a des Prussiens de ce côté, ne les entendez-vous pas? » Alors éclatant de rire, le garde-barrière avait riposté : — « C'est la chute d'eau de Marbache... » Rassuré, le mécanicien avait remis sa machine en route et il venait d'arriver vers 4 heures et demie à Metz. Si son train a encore passé, ajoute le capitaine de France, sur toute la ligne on signale la présence rapprochée des Prussiens : au jour ils ont dû occuper la voie et le maréchal ne peut plus compter recevoir de nouvelles troupes, et son état-major surtout va lui manquer.

A peine cette communication était-elle faite, que le général Henry suivi de ses officiers se présentée l'hôtel de l'Europe : leur train vient d'arriver, mais derrière eux trois autres portant trois régiments ont été arrêtés : personne ne passera plus.

Le maréchal prescrit au général Henry de s'établir, à côté, au collège des jésuites et de réunir les renseignements sur les troupes du 6e corps présentes à Metz et d'en organiser l'existence.

Au général Henry succède le bon général Le Vassor- Sorval : il a été au collège des chevaliers de Saint-Louis avec le maréchal : il y a cinquante ans de cela. Les trente-six heures qu'il vient de passer en chemin de fer Font éreinté, et il est en proie à une indisposition qui l'a obligé à descendre du train à chaque arrêt. Il a cru ne pas arriver : sans cesse les chefs de gare lui annonçaient l'arrêt du transit, puis venaient peu après lui dire que la voie était redevenue libre. A 4 heures,

il pénétrait enfin dans la gare de Metz, et il s'apprêtait à descendre du train; il était déjà hors du wagon, sur le marchepied, lorsque la locomotive repartait subitement en arrière : ne comprenant rien à cette manœuvre et croyant qu'on se trompait, de son marchepied, en agitant un bras et se tenant de l'autre à une barre de cuivre, il criait : « Mais il y a là un général de division, arrêtez, arrêtez... » Il ne pouvait sauter; le train allait trop vite, et il gesticulait toujours, lorsqu'un employé lui dit que sa division étant au nord de la ville on l'y conduisait : il fut alors calmé.

Il raconte aussi au maréchal qu'à Frouard le maire, qui détenait un uhlan prisonnier dans l'hôtel de ville, est venu lui demander de l'en débarrasser et qu'il l'a envoyé promener.

Il est parvenu à Pont-à-Mousson lorsque les chasseurs d'Afrique du général Marguerilte, sur un ordre formel de rentrer à Metz, venaient d'en repartir. Un gavroche voyant un képi doré dans un wagon est venu grimper à sa portière et tout joyeux lui a raconté le combat qu'ils avaient livré.

« Hier dans l'après midi, les uhlans se baladaient en ville, a-t-il dit; ils y ont fait un bon déjeuner, ont bien payé leur écot et puis, après avoir allumé de superbes londrès, se préparaient à couper la voie ; déjà ils avaient enlevé quelques rails, lorsque les chasseurs d'Afrique (du général Margueritte) arrivèrent de tous les côtés à la fois, les enveloppèrent et les saignèrent comme des poulets (sic); quelques-uns se réfugièrent dans une auberge où on les a faits tous prisonniers; malheureusement ils nous ont tué un homme » et tout joyeux, il montre le sol piétiné par les chevaux.

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