‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 153 sur 194 · LES CHASSEURS D'AFRIQUE DU GÉNÉRAL MARGUERITTE · texte numérisé non relu

LES CHASSEURS D'AFRIQUE DU GÉNÉRAL MARGUERITTE

Peu après, le train, ayant repris sa course, se trouva à hauteur des chasseurs d'Afrique qui revenaient à Metz par la grande route et que les soldats de la division Le Vassor-Sorval acclamèrent des portières des wagons en les dépassant.

Le général Le Vassor-Sorval, qui vient directement de Paris où il était lors des manifestations et de la chute du ministère, donne ensuite divers détails sur les événements à son ancien camarade. Il y a dix ans que le maréchal ne l'a vu; il le trouve hien vieilli, et surtout il remarque sa lenteur intellectuelle : sera-t-il en état de conduire sa division?

Ayant congédié le général Le Vassor-Sorval, le maréchal se rendit vers 7 heures et demie à la préfecture : en arrivant au perron, il vit sur un banc, à côté des sentinelles, deux officiers de dragons prussiens faits prisonniers la veille par le général Margueritte ; apercevant le maréchal, ils se levèrent d'un seul mouvement, et se tenant droits, raides, sanglés dans leur tunique, ils le saluèrent; et le maréchal leur rendant leur salut dit entre ses dents au commandant Boussenard : « Ce sont des gentilshommes... quelle tenue... quelle éducation!... »

Quelques instants après il sortait du cabinet de l'Empereur. La retraite était décidée, il fallait se préoccuper de l'effectuer et il retournait au collège des jésuites pour s'entendre avec le général Henry.

Vers 1 1 heures, le maréchal alla déjeuner avec ses aides de camp et officiers d'ordonnance à l'hôtel de l'Europe, où on lui donna une chambre pour lui seul : en s'y rendant, il jeta un coup d'oeil sur la salle commune où se trouvait la même macédoine des gens que la

veille : on lui apprit que les jours précédents le chef de l'espionnage allemand y était venu dîner plusieurs fois en compagnie de généraux et d'officiers. Le capitaine Iung, qui avait remarqué cet individu à Strasbourg huit jours auparavant, lavait fait filer et arrêter la veille, au moment où il quittait Metz. Interrogé, il avait dit se nommer Schulz, baron d'Egelmann, être ingénieur autrichien et avoir été employé par le gouvernement prussien au Mexique, en 1865 et 1866. Il avait dévoilé toute l'organisation de l'espionnage allemand et fourni des indications précieuses pour éventer ses collègues, qui tous se reconnaissaient entre eux à une certaine médaille dont il donna le type.

Le maréchal finissait de déjeuner lorsque la porte du cabinet où il était s'ouvrit, et le général Jarras apparut tenant sa serviette à la main; en finissant son repas, il avait appris la présence du maréchal et il était venu, sans plus attendre, lui dire combien il trouvait lourde la charge qui lui était imposée et qu'il n'avait pas cru pouvoir refuser; il raconta au maréchal que la veille, aussitôt nommé, il avait écrit au maréchal Bazaine pour se mettre à sa disposition, et que ce matin un officier était venu lui dire, en réponse à sa lettre, que, le maréchal devant venir vers une heure à Metz pour voir l'Empereur, il en profiterait pour le rencontrer aussi ; il ne cachait pas son étonnement de cette façon de procéder, et il demandait au maréchal Canrobert son concours, et celui de son état-major pour l'aider dans sa tâche. Le maréchal lui répondit « de la façon la plus affectueuse » .

En reprenant, après déjeuner, son travail avec le général Henry, le maréchal apprit que le colonel Roux

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