‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 156 sur 194 · MM. DE CHALUS ET DANIEL WILSON · texte numérisé non relu

MM. DE CHALUS ET DANIEL WILSON

gique, ayant de l'autorité, brillant et sachant son métier. Lorsque la division Lafont de Viilicrs aura à donner, c'est à lui que le maréchal Ganrobert confiera la direction du combat.

L'artillerie de la division Lafont de Villiers a comme chef le lieutenant-colonel Jamet, excellent homme, petit et lourd, ayant passé la cinquantaine et auquel sa grosse figure rougeaude, d'énormes moustaches et un nez épaté donnent un air de bouledogue : malheureusement il a peu d'autorité et pas davantage de connaissances techniques et pratiques. Il a comme adjoint un capitaine en second, dont le rôle a été considérable : le capitaine Adhémar de Ghalus, joyeux vivant, blond, aux yeux bleus, à la lèvre lippue, qui monte à cheval comme un centaure : à l'école de Saumur où il a été, il a fait courir et maintenant il possède toujours des pur-sang excellents, ce qui lui vaut d'être continuellement chargé de missions par le maréchal Ganrobert.

Une histoire de jeu qu'il a eue avec M. Daniel Wilson l'a fait connaître dans le monde où l'on s'amuse : au cours d'une partie, où il se trouvait avec le comte Stampa, le comte de Gervilliers, M. Wilson et deux inconnus amenés par ce dernier comme étant de ses amis, il arrivait à perdre 250,000 francs que lui gagnait M. Wilson, lorsque le comte Stampa et M. de Gervilliers s'aperçurent que les cartes étaient pipées. Aussitôt les deux amis de M. Wilson, reconnus comme grecs de profession, déclarèrent ne pas vouloir toucher leur gain et s'esquivèrent, tandis que M. Wilson exigeait la somme qu'il avait gagnée, et écrivait même au colonel de M. de Ghalus pour se plaindre que celui-ci n'acquittait pas ses dettes d'honneur. Cependant comme iv. 23

la tricherie était indiscutable, malgré ses efforts, tous les gens auxquels s'adressa M. Wilson lui donnèrent tort, et l'affaire en resta là.

Dans cette division, les quatre colonels étaient de bons serviteurs, tous braves et dévoués, et l'un d'eux, le colonel Amadieu. du 75e, fut tué au commencement de la bataille de Rezonville. Mais le colonel de Geslin, du 94e, se distinguait particulièrement par son énergie, sa vigueur et son autorité sur ses officiers et ses hommes.

Le général Le Vassor-Sorval, commandant la 4e division, avait été brillant commandant de chasseurs à pied en Afrique, infatigable, ardent, entraînant ses hommes coûte que coûte.

11 y a de cela vingt ans; en 1870 il a perdu toute activité. C'est un père de famille modèle, dont toutes les pensées se reportent sur sa femme aveugle et ses deux grandes filles qu'il adore : il redoute avant tout quelles soient privées de lui; car que deviendraientelles si elles restaient seules avec leur mère infirme? Il a conservé ses manières affables et ses traits sont encore distingués quoiqu'il se soit alourdi : il a de la difficulté à monter à cheval, et ses facultés intellectuelles ont baissé : il est incapable d'une initiative quelconque : sous le feu il restera immobile sans jamais donner un ordre, comme s'il était là en simple spectateur: son chef d'état-major, le colonel Mélin, dirigera la division à sa place.

Le maréchal Baraguay d'Hilliers, dont il a été l'aide de camp de confiance, a fait la carrière du colonel Mélin qui ne manque pas d'esprit ni de savoir, mais dont un scepticisme dénigrant détruit toutes les qualités :

Page 1