LE GÉNÉRAL CASTELNAU
Boussenard en fit la remarque au maréchal Ganrobert qui lui répondit : « Pour qu'un homme de la valeur et de l'autorité de Gastelnau ne parle pas des événements et affecte une gaieté et une insouciance telle qu'il a cherché à en montrer, il faut que la situation lui paraisse bien grave, et qu'il juge nécessaire de donner le change et de faire croire à une confiance qu'il n'a pas. »
Assez tard, le commandant Boussenard se rendit à Fétat-major général; on y était inquiet : « on sentait que l'inaction était inadmissible » et on ne comprenait pas l'absence d'ordres. A côté, à la préfecture, autour de l'Empereur, on lui parut « être furieux » . Le général Pajol, à qui s'adressa l'aide de camp du maréchal Ganrobert, était très excité : « Je vous garantis que l'on va partir » , déclarait-il avec énergie. Le maréchal se prépara donc à recevoir dans la nuit même Tordre de commencer la retraite.
Cette journée du 13 août marque la rupture définitive des communications de l'armée avec Paris par la grande ligne. Les Allemands sont sur la Moselle et déjà il n'est plus temps d'en couper les ponts pour arrêter leur marche au moyen de laquelle ils vont nous déborder, nous tourner et nous couper de l'intérieur du pays.
Les chefs de gare, les maires, les francs-tireurs, les ingénieurs ont envoyé dans la journée des dépêches à Metz, à l'état-major général et au gouverneur de la place, pour prier de faire sauter les ponts de la Moselle, mais on n'a pris à cet égard aucune décision.
La désorganisation est à son comble. Dans une armée dont l'essence même est la discipline, tout part du
général en chef et dans ce moment le général en chef a disparu ; il n'existe pas. L'Empereur, en lui remettant le commandement en chef, a considéré qu'il ne devait en rien empiéter sur ses pouvoirs et ne croit plus devoir donner des ordres directement. Le major général, depuis que sa démission est acceptée, s'est retiré et reste en dehors de tout. Certains historiens lui ont même reproché cette retraite : il aurait dû, à leur avis, provoquer une explication avec le nouveau général en chef et lui faire un exposé de la situation. Mais c'est cette explication que le maréchal Bazaine voulait éviter à toute force. Jamais il n'a reproché au maréchal Le Bœuf de l'avoir laissé dans l'ignorance des événements : au contraire il a toujours cherché à expliquer sa conduite durant ces quarante-huit heures, par le fait — absolument faux — que le maréchal Le Bœuf exerçait encore les fonctions de major général, et a dit qu'il n'avait pas pris les mesures nécessaires parce que c'était à ce dernier à le faire. Le 12, dès 6 heures du soir, il n'y avait plus de major général : ses fonctions étaient passées aux mains du général Jarras nommé chef d'état-major général de l'armée : celui-ci, le même jour, à 4 heures de l'après-midi, s'était mis aux ordres du maréchal Bazaine et lui avait proposé d'aller avec l'état-major et les chefs de service à Borny pour le mettre au courant, ou bien s'il le préférait, de l'attendre à Metz : le maréchal Bazaine s'était refusé à toute explication : il n'avait pas voulu que son chef d'état-major vînt lui parler à Borny et s'était arrangé pour l'éviter à Metz.
Le 13, de grand matin, le maréchal Bazaine part de son quartier général et il se met à parcourir les bivouacs