INDÉCISIONS
du 3e corps, comme s'il était adjudant-major, et après cet examen, prescrit le changement de position de deux pièces d'artillerie et l'incendie d'un bocqueteau : c'est tout jusqu'à 11 heures. Rentré à Borny, il répond à la lettre que l'Empereur lui a envoyée à 1 1 heures du soir la veille, le pressant de prendre une décision, en annonçant sa visite pour midi et demi. Le capitaine Foucher/ porteur de ce message, est reçu un peu avant midi par l'Empereur qui le remercie et le charge de ses amitiés pour le maréchal.
En même temps un autre officier vient dire au général Jarras que «le maréchal Bazaine, en allant vers midi et demi faire visite à l'Empereur à Metz, le verra par la même occasion. »
C'est la seule réponse que le nouveau général en chef fasse à la demande que lui a adressée son chef d'étatmajor, la veille à 4 heures, de faire une prise régulière de service et d'établir un exposé de la situation.
Il est midi : il écrit lui-même sous forme d'instructions l'ordre de retraite de l'armée. Aurait-il une idée arrêtée? Non, car ses « instructions » aussitôt mises sur le papier, il les cache dans son tiroir et il n'en est plus question de la journée, quoique certaines des prescriptions qu'elles contiennent doivent être exécutées sur l'heure même.
Vers midi et demi il voit l'Empereur et, quoiqu'il ait rédigé ses ordres pour la retraite, il ne lui en parle pas, et il semble même qu'aux objurgations que lui fait Napoléon III de commencer immédiatement la retraite, il répond par des faux-fuyants ou par des objections, ou encore par sa proposition habituelle de remettre toute décision à plus tari, puisque à 4 heures Napo-
léon III lui fait porter une nouvelle lettre où il y a cette phrase : « Il n'y a plus un moment à perdre pour faire le mouvement arrêté. »
A. une heure et demie, le maréchal Bazaine, ayant pris congé de l'Empereur, était en voiture pour retourner à Borny quand le général Jarras, prévenu par hasard de sa présence, accourt au perron de la préfecture pour lui demander ses ordres : il n'en a pas; qu'il attende, il lui fera dire s'il a hesoin de lui et il le congédie.
Le général Jarras demeure stupéfait. Gomment, le nouveau général en chef ne veut donc rien connaître de la situation, peut-être la plus grave pour la France depuis Waterloo, et il n'a pas un renseignement à se procurer, ni un ordre, ni une instruction à donner!
Lorsque plus tard on lui reprochera cette conduite, il répétera que son « commandement n'était que nominatif, » et que « en réalité c'était l'Empereur qui commandait » .
En rentrant à Borny, il trouve un billet du général Forton lui disant qu'il vient d'apprendre par M. Gérardin, juge au tribunal de Metz, qui arrive de Pont-à- Mousson, que les Prussiens y sont ainsi que sur différents points du cours de la Moselle, et qu'il a envoyé deux escadrons s'assurer du fait. Ayant pris connaissance de ce billet, le maréchal fait dire au général de Forton d'opérer la reconnaissance projetée, mais d'y employer une brigade au lieu de deux escadrons.
Les renseignements recueillis par cette brigade et qui lui seront transmis par écrit avec commentaires verbaux et les reconnaissances des corps d'armée en avant de Metz, lui apprendront dans la soirée que les Prussiens sont à la fois au sud de l'armée, le long de