‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 194 · DESESPOIR EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

DESESPOIR EN ALLEMAGNE

sa sympathie pour ces mères de famille et sa désapprobation pour la guerre.

« Il fallut appeler des soldats et des agents de police qui enlevèrent brutalement les malheureuses de devant la locomotive et qui repoussèrent à coups de crosse, de pied et de poing la masse grouillante, hurlante et pleurante de femmes et d'enfants qui emplissaient les quais. »

Le même officier ainsi que les consuls et autres agents constataient qu'il ne restait aucune troupe dans les provinces du Rhin : les casernes étaient déménagées, les magasins vidés et le matériel d'artillerie transporté. Le prince Antoine de Hohenzollern qui commandait à Dusseldorf: — soi-disant un corps d'armée — n'avait en réalité que deux régiments sous ses ordres et il les faisait voyager, descendre des wagons et y remonter, pour donner l'illusion d'une troupe nombreuse comme au cirque olympique.

Au contraire, l'enthousiasme régnait en Italie. « Si le Roi se montrait dans les rues de Florence, disait Vimercati au maréchal Ganrobert, on lui jetait des fleurs, et les plus jolies femmes agitaient des mouchoirs et lui envoyaient des sourires. L'armée italienne est superbe et pleine d'entrain, disait-il aussi, elle compte 200,000 combattants de première ligne : les volontaires accourent par milliers : il y en a plus de 40,000. Le quadrilatère ne résistera pas : nous allons tout de suite marcher sur Vienne. »

Le maréchal savait à quoi s'en tenir sur ces exagérations : il avait connaissance des rapports du général Schmitz attaché militaire en Italie et de ceux de divers officiers de marine qui commandaient des stationnaires

dans la Méditerranée. Le colonel Schmitz disait que l'armée était de trop nouvelle formation pour avoir de la cohésion, que chefs et soldats ne se connaissaient pas, que les contingents des diverses contrées n'avaient aucun lien entre eux et que, sauf les corps du Piémont, les autres ne présenteraient guère de résistance.

Quant aux officiers de marine, entre autres ceux du Jérôme Napoléon (le yacht du prince Napoléon), ils déclaraient les états-majors et les équipages incapables de faire manoeuvrer leurs superbes bâtiments. Le colonel Schmitz écrivait aussi que les ministres italiens, et surtout le général La Marmora, avaient une profonde méfiance de M. de Bismarck dont ils redoutaient les volte-faces, et dont les procédés leur faisaient, sans cesse, croire qu'il allait les abandonner et s'allier à l'Autriche contre eux. M. de Moltke avait promis de venir en personne voir l'armée italienne, et l'on espérait au moins, à son défaut, la visite d'un des généraux en vue de l'armée prussienne; aussi la déconvenue futelle complète, dans les états-majors et au ministère à Florence, lorsqu'on vit, au lieu d'un militaire, apparaître en qualité de commissaire prussien auprès de l'armée italienne, un journaliste, M. Bernardi, qui se présenta dans un accoutrement extraordinaire, coiffé d'une énorme casquette avec une visière interminable, vêtu d'une longue houppelande verte, traîné dans un tilbury par deux petits chevaux de cirque et accompagné de deux domestiques en costume de brigands calabrais.

Le 25 juin, on apprit à Paris la défaite de l'armée italienne à Gustozza et quelques jours après, les lettres du colonel Schmitz apportaient des détails précis :

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