‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 17 sur 194 · BATAILLE DE CUSTOZZA · texte numérisé non relu

BATAILLE DE CUSTOZZA

« Dans la journée du 24 juin (anniversaire de Solférino), les Autrichiens étaient sortis de Vérone, vêtus de toile blanche et sans sacs, et ils étaient tombés sur l'armée italienne, au moment où elle passait le Mincio : ils avaient bousculé deux ou trois corps et les avaient mis en déconfiture. Si l'archiduc Albert, qui les commandait, disait le colonel Schmitz, avait poussé de l'avant, il eût été, jusqu'à Turin sans trouver un opposant, tant était grande la désorganisation. Le Roi avait perdu la tête au milieu de la bataille et avait télégraphié au général Cialdini, qui dirigeait une armée de t>0,000 hommes sur le Pô et sans un ennemi devant lui, de battre immédiatement en retraite.

Et il n'y avait pas plus de 78,000 Autrichiens en Italie !

« On avait réveillé les attachés militaires au milieu de la nuit et on les avait emmenés précipitamment en arrière jusqu'à Crémone : en y arrivant au matin, ils avaient rencontré un aide de camp de Victor-Emmanuel qui leur dit : « J'ai vu le Roi à 3 heures du matin, « il est fort démonté, mais nous le sommes bien davan- « tage, car nous craignons qu'il ne soit forcé d'abdi- « quer. »

h Qu'est-ce donc, terminait le colonel Schmitz, si, après un insuccès qui serait réparable avec d'autres caractères, on en est déjà là. »

Ces nouvelles avaient déprimé le comte Vimercati et le maréchal Canrobert s'employait de son mieux à le remonter : un matin où il l'avait invité à déjeuner, il ne cessa de lui répéter que la grosse partie n'était pas entamée, qu'elle se jouerait en Allemagne et que la Prusse pouvait la gagner.

Les officiers croyaient d'abord que le maréchal ne s'exprimait ainsi que par sympathie pour Victor- Emmanuel et pour Vimercati, mais peu à peu ils se sentirent gagnés et en vinrent aussi à cette opinion que l'armée prussienne pouvait être victorieuse.

Depuis le commencement de la lutte, le maréchal Canrobert allait tous les jours aux Tuileries. Il y retrouvait souvent Mérimée qui demeurait avec les dames de l'Impératrice des heures entières, sans ouvrir la bouche, absorbé dans ses méditations comme un sphinx, semblant dédaigner et ignorer les personnes avec qui il se rencontrait.

Une fois il sortit de son mutisme et parla de la guerre avec le maréchal, en suivant sur des cartes étalées la marche de l'armée de Bohême indiquée par de petits drapeaux. L'académicien et le maréchal se trouvèrent d'accord pour ne rien comprendre.

« Gomment le prince royal engageait-il isolément chacun de ses corps d'armée dans les dangereux défilés des monts géants, à portée de toute l'armée de Benedeck qui pouvait tomber avec toutes ses forces sur eux et les écraser les uns après les autres. Et comment Benedeck ne profitait-il pas de l'occasion! » Ils ignoraient que Benedeck avait décidé de marcher contre l'armée du prince Frédéric-Charles qui était la plus éloignée et qu'il se dirigeait sur elle avec une aveugle ténacité, sans se laisser détourner de son but; ils ignoraient surtout que M. de Moltke agissait à coup sur, une trahison lui ayant livré, le 1 1 juin, l'un des onze exemplaires autographiés de l'état de situation de l'armée autrichienne, et depuis, presque journellement, les ordres du général Benedeck.

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