LES POINTS NE SONT PAS PRETS
la Moselle sur le point de nous tourner, et également sur notre front, prêts à nous attaquer s'ils le veulent. Pourquoi donc alors, s'il pense à opérer la retraite, en diffère-t-il encore l'exécution?
C'est qu'il veut paraître y avoir été contraint par l'Empereur et pouvoir dire « qu'il ne lui a cédé qu'à contre-cœur » .
A Napoléon III qui lui écrit à 4 heures : « Il n'y a plus un moment à perdre » , il répond à 7 heures du soir : J'ai reçu l'ordre de Votre Majesté de hâter le mouvement... Mais le général Coffinières, qui est en ce moment avec moi, m'affirme que les ponts seront à peine prêts demain matin... — A l'instruction de son procès, contrairement à ce qu'il vient d'écrire à l'Empereur, il déclarera n'avoir pas vu le général Coffinières de toute la journée du 13. Quoi qu'il ait pu affirmer en 1872, il vit réellement le gouverneur de Metz le soir du 13 et après que celui-ci eut pris connaissance de la lettre de l'Empereur, il renouvela, au maréchal Bazaine, ses objections ordinaires : « Les forts ne sont pas en état de résister à un siège : il lui faudrait 18,000 hommes de garnison; enfin les ponts ne seront pas prêts avant demain. »
Profitant de cette dernière déclaration du général Coffinières pour surseoir à tout ordre d'exécution, le maréchal Bazaine envoya dans la soirée à l'état-major général cet avis : « L'armée sera prête à partir à 5 heures : les ordres seront envoyés ultérieurement. » Cette dernière formule est typique. Le maréchal Bazaine n'en a pas d'autre, il remet à plus tard un ordre ferme, qu'il ne peut jamais se décider à donner.
En même temps que cet avis on apporte au général
Jarras une lettre du colonel Napoléon Boyer, le priant de télégraphier au maréchal de Mac-Mahon et au général de Failly que le maréchal Bazaine est général en chef et qu'ils sont désormais sous ses ordres : pas un mot de plus. Déjà vingt-quatre heures se sont écoulées depuis sa nomination, il ne leur en a pas fait part, et en ce moment même il ne leur donne aucune instruction.
A. 8 heures, changement complet; au lieu d'envoyer les ordres définitifs de la retraite annoncés pour 5 heures, le maréchal Bazaine dicte au général Manèque, qui est actuellement chef d'état-major du 3e corps d'armée, un nouvel ordre destiné seulement aux commandants des 2e, 3e et 4e corps ainsi conçu : « Tenez vos troupes prêtes demain matin à 4 heures, vos tentes restant tendues. »
Ainsi, il y a une heure, toute l'armée devait être prête le lendemain matin à quitter Metz pour se retirer dans 1 intérieur du pays; maintenant trois corps sur cinq reçoivent l'ordre tout à fait contraire de se préparer à 4 heures du matin pour une expédition offensive momentanée, après laquelle ils rentreront à leur camp, puisqu'ils doivent y laisser leurs tentes dressées.
Quoique cet ordre particulier aux 2e, 3e et 4e corps annule l'ordre général d'il y a une heure, il n'est pas communiqué à l'état-major général.
Déjà les trois corps précités sont avisés, lorsque le chef d'état-major de la garde, qui en a connaissance indirectement, s'étonne de ne pas être aussi prévenu et réclame ; aussitôt le maréchal lui fait porter cet avis :
« C'est par erreur que vous n'avez pas reçu la même dépèche que les autres commandants de corps » ; elle disait : « Tenez-vous prêts demain matin à 4 h. 30 à