ENGOUFFREMENT DE L'ARMÉE SUR UNE ROUTE
170,000 hommes, 30,000 chevaux et 8,000 voitures. — dont les campements forment une vaste demi-circonférence, de venir au centre de cette circonférence, s'engouffrer dans une route unique.
Gomment le maréchal n'a-t-il pas réfléchi qu'on ne ramasse pas sur un seul point et qu'on n'écoule pas par une seule route 170,000 hommes, 30,000 chevaux et 8,000 voitures sans une longue préparation, sans que l'heure de départ, l'itinéraire et l'ordre d'entrée dans la colonne ne soient donnés avec précision à chaque unité.
Pourquoi n'a-t-il pas fait étudier les itinéraires, et fait mettre au point un mouvement aussi difficile?
Sa vieille habitude de la guerre ne pouvait lui laisser aucun doute sur l'effroyable difficulté qu'il y aurait à maintenir l'ordre, et à empêcher les arrêts dans une telle masse; un simple calcul lui eût démontré que, même n'y aurait-il eu aucune anicroche dans la marche, sa colonne aurait-elle été aussi serrée que possible, son écoulement eût demandé de trente-six à quarante heures, et sa longueur eut été de plus de 100 kilomètres : c'est-à-dire qu'il aurait fallu gagner du terrain sans discontinuer pendant près de deux jours avant que toute l'armée se fût ébranlée, et que la tête de colonne eût été du côté de Reims lorsque la queue n'aurait pas encore quitté Metz.
Qu'on pense ce que produirait une colonne de 170,000 individus, 30,000 chevaux et 8,000 voitures, répartis dans tous les quartiers nord de Paris, Belleville, la Villette, Montmartre et les Batignolles et venant se déverser ensemble au carrefour des boulevards et de la rue Drouot pour s'engager tous dans la rue de Richelieu et venir déboucher place du Théâtre-
Français. Voilà ce qu'ordonnait le maréchal Bazaine : ou bien il n'était pas capable du raisonnement et du calcul qu'eût fait le dernier sergent de son armée, ou bien — ce que nous refusons d'admettre — il voulait tout brouiller : du gâchis sortirait peut-être une solution, et après tout « c'était l'Empereur qui commandait » .
Pourquoi surtout vouloir résoudre ce problème insoluble et inutile qui consistait à faire écouler toute son armée par une seule voie quand il en avait quatre à sa disposition? C'est que l'Empereur lui ayant communiqué des dépêches de l'Impératrice annonçant qu'une armée prussienne menaçait de nous tourner par le nord, il n'avait pas fait vérifier le fait et avait décidé de ne pas se servir des routes du nord, pensant toujours que l'avis de l'Empereur mettrait sa responsabilité à couvert et qu'il lui était inutile de faire plus.
Le généralJarras, quand il lut ces « instructions » , en vit les défectuosités ; mais comment les modifier ou les commenter? Il ignorait la pensée de celui qui les avait rédigées, il n'avait aucune connaissance des ordres transmis directement aux quatre corps d'armée campés sur la rive droite de la Moselle : il aurait pu en corrigeant ces « instructions » prescrire des dispositions contraires aux ordres donnés par le maréchal Bazaine à ces quatre corps ; il se contenta de faire scrupuleusement ce qui lui était prescrit : il ne pouvait pas faire autre chose. Se conformant à l'exécution de ce qui le concernait, il envoya des officiers d'état-major jalonner les voies, qui de la rive droite de la Moselle débouchent sur Metz, traversent la ville et conduisent aux ponts; il sut alors par ces officiers que les corps, avec lesquels le maréchal Bazaine étf ;t en correspon-