‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 165 sur 194 · LA MESSE A LA CATHEDHALE · texte numérisé non relu

LA MESSE A LA CATHEDHALE

avec le prince Napoléon et toute la maison militaire sont au premier rang : on remarque aussi un petit homme à longue barbe dans un costume de velours brun avec d'énormes bottes qui lui montent au-dessus du genou et la croix de commandeur au cou ; il s'agite beaucoup : c'est le grand peintre Meissonier venu pour conserver le souvenir de nos victoires. . . La messe finie, l'évêque s'approche de l'Empereur et l'accompagne lentement jusqu'au porche : le souverain apparaît alors sur la place encombrée, bruyante et ensoleillée : près de lui, le prince Impérial sourit à ce spectacle dont il ne voit que le côté pittoresque, et l'évêque, saluant l'Empereur dont il avait été de tout temps l'adversaire politique, lui dit quelques paroles encourageantes : « Espérons-le, espérons-le » , lui répond l'Empereur en lui serrant la main. Et ayant pris congé, l'évêque ne put s'empêcher de s'attendrir devant cette infortune : « Que ce pauvre empereur, dit-il à son grand vicaire, m'inspire de pitié! Il ne m'a jamais compté parmi ses partisans, mais il me semble que je deviens bonapartiste maintenant en le voyant si malheureux. »

Mgr Dupont des Loges exprimait le sentiment qui prévaudra dans l'avenir : quelles souffrances doivent torturer cet homme qui depuis quatre ans voit venir cette guerre qu'il eût voulu conjurer, et qu'il eût aussi voulu préparer. Maintenant tous rejettent sur lui les responsabilités et rien cependant ne lui fait perdre son impassibilité : pas un mot de rancune, de reproche ou d'amertume, pas le moindre essai de justification et malgré ses souffrances il demeure l'homme courtois qu'il a toujours été.

Le général Boussenard, sous le porche de la cathédrale, au moment où Napoléon III faisait ses adieux à Mgr Dupont des Loges, le vit s'éloigner à pas lents, pesants, la tête basse, le dos voûté ; il longea la cathédrale et tourna du côté du pont, le prince Impérial à sa droite, sautillant, enjoué, et un peu en arrière à sa gauche, le prince Napoléon, sombre, le cou encore plus dans les épaules que d'habitude : des grenadiers en tenue de corvée le croisèrent, indifférents, et sans le saluer; puis, après l'avoir dépassé, deux d'entre eux se retournèrent et blaguèrent : « A-t-il l'air assez raplati. — Ne devrait-il pas f. .. son camp. » Et ce fut tout.

Une heure après des Gent-Gardes en tricorne et tunique bleu de ciel vinrent se grouper autour d'un landau arrêté au perron de la préfecture; puis un bataillon de grenadiers aux ordres du commandant de Souancé se massa sur la place; bientôt l'Empereur parut sur le perron : le général Reille le soutenait d'un côté, de l'autre le commandant Hepp; il se hissa avec effort sur le marchepied, puis s'assit lentement dans le fond du landau. Après lui, le prince Impérial y sauta lestement et le général Reille y étant monté à son tour se mit sur le devant.

La foule s'était amassée, silencieuse, sans gouailler ni manifester aucunement, attirée par un simple sentiment de curiosité. Dans la grande serre accotée à la préfecture et qui leur servait de salle de travail, les officiers de l'état-mjor général, et les mobiles-secrétaires regardaient, le visage collé aux vitres. Au milieu du silence on entendit ces mots : « On dirait les adieux de Fontainebleau. » Puis : « Mais c'est une fuite. » Un

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