‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 166 sur 194 · DEPART DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

DEPART DE L'EMPEREUR

troisième ajouta : « On dirait l'armée de Darius. » Et un autre officier répondit : « Rien n'y manque; pas même Darius et de tous nos bagages c'est le plus encombrant. » Il se fit un silence, cette boutade avait choqué : beaucoup de ces officiers n'avaient eu qu'à se louer du souverain malheureux, et pour leur honneur, sauf une ou deux exceptions, ils ne l'avaient point oublié.

Les Gent-Gardes partirent au trot près de la voiture : pas un vivat ne s'éleva et ce silence était pénible, même pour les indifférents, pour ceux qui ne connaissaient point Napoléon III.

Derrière suivait une file de fourgons contenant les bagages de l'Empereur et des officiers de sa suite conduits par des valets à livrée verte et or ; des guides et des grenadiers échelonnés les accompagnaient. La foule, jusqu'alors silencieuse, commença à lancer des lazzis : « Où donc est la voiture des homards frais? » On rit beaucoup, et certains — sans doute nés àTarascon — ont affirmé, depuis, l'avoir vue avec une inscription en lettres blanches sur le coté indiquant son usage.

Au même moment (une heure et demie) on remettait au maréchal Ganrobert l'ordre de se mettre en mouvement : « Le passage de la Moselle est commencé par le 2e et le 4e corps lui écrivait le maréchal Bazaine. Dès que les troupes de votre corps d'armée qui sont dans les forts auront été relevées, veuillez donner l'ordre qu'elles viennent prendre position derrière le 2e corps qui doit s'établir sur la route de Verdun, si cela lui est possible, aujourd'hui, sinon en arrière vers Jussy à Rozerieulle, le 6e corps devant suivre, demain, la même route, c'est-à-dire celle de Verdun. »

374 CANUOBERT

Qu'on veuille bien lire et relire attentivement cet ordre et Ton se demandera, comme le fit le maréchal Ganrobert, ce qu'il veut dire . Après en avoir parlé à son chef d'état-major, tous deux traduisirent ce galimatias ainsi : « Quand la division Lafont de Villiers (celle qui occupe les forts) sera relevée, elle suivra immédiatement le 2e corps. Le surplus du corps d'armée suivra demain (15 août) la même route. »

Le maréchal jugeant que ce mouvement doit s'exécuter le plus vite possible, répond au maréchal Bazaine à 2 heures 15 : « Je reçois la dépêche de V. E. qui prescrit les mouvements du 6e corps pour effectuer le passage de la Moselle, à la suite du 2e corps. Je vais me conformer à vos ordres. »

Et en même temps le maréchal envoyait des officiers s'informer de l'heure où la division Lafont de Villiers devrait se mettre en mouvement et quand le 2e corps aurait dégagé la route, puisque l'ordre ne le lui indiquait point.

Le 2e corps contournait la ville par le sud et son défilé pouvait durer jusqu'à 6 heures du soir. En fait, il ne fut terminé qu'aux environs de minuit. Quant à l'heure du changement de la garnison des forts, on ne pouvait pas la fixer. Alors le maréchal, pour ne pas perdre de temps, envoya dire à la division Le Vassor- Sorval de lever son camp, de venir s'établir contre le fort de la Moselle pour pouvoir gagner la grande route. Si la division Lafont de Villiers n'était pas relevée au moment où la route deviendrait libre par suite de l'écoulement du 2e corps, elle passerait à sa place. Le porteur de cet avis était arrivé vers 3 heures et demie au château de Woippy où était l'état-major de la divi-

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