BATAILLE DE SADOWA
Les dépèches annonçant les premiers combats montrèrent la supériorité incontestable des Prussiens; sauf dans une seule rencontre, partout ils étaient victorieux et ils chassaient devant eux les Autrichiens. Les effets du fusil à aiguille étaient foudroyants et assuraient un avantage considérable aux Prussiens.
Le 4 juillet au matin, l'Impératrice avait quitté Paris et était partie pour Amiens où sévissait le choléra dont elle allait visiter les victimes. Le maréchal Canrobert se rendit, à 10 heures, aux Tuileries; l'Empereur le reçut et lui communiqua les dépêches annonçant la défaite de l'armée autrichienne à Sadowa.
Appesanti, la tête penchée, la paupière presque close, il semblait démonté : « C'est une déroute, c'est une déroute » , répétait-il. En le quittant le maréchal demeura convaincu que l'événement anéantissait ses combinaisons.
Autour du souverain, les chambellans et les aides de camp parlaient vaguement de réunion de ministres, de constitution d'une armée. Mais dès que le maréchal interrogeait avec précision, on ne lui répondait plus rien.
Dans la soirée les journaux donnèrent des détails. C'était une énorme bataille dans laquelle 500,000 hommes avaient été engagés. Les Autrichiens avaient perdu une masse de canons et se retiraient dans une retraite désordonnée.
On discutait, mais personne ne voyait la cause réelle du succès prussien : personne ne s'apercevait de la façon dont ce peuple et l'armée avaient été préparés depuis 1806 à la guerre, personne ne saisissait que M. de Moltke avait repris la méthode de Napoléon pour
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écraser ses adversaires, et nul ne méditait sur l'application, oubliée en France, des principes napoléoniens : tous croyaient avoir tout expliqué en déclarant que le fusil à aiguille était le seul motif de la victoire et Ton dissertait à perte de vue sur les armes à tir rapide : on en contait des merveilles. C'était un feu continu, ininterrompu qui fauchait tout : pour tirer plus vite, disaient les mieux renseignés, les fantassins prussiens n'épaulaient plus, ils tiraient l'arme appuyée à la hanche. Les fusils à aiguille... il fallait en avoir immédiatement; c'était la conclusion universelle.
« Pourquoi n'as-tu demandé pour tes étrennes qu'un fusil à aiguille, disait la légende d'une caricature de Gham représentant deux gamins, tu aurais dû demander autre chose. . . » — « Bah! quand on a un fusil à aiguille, on prend tout ce dont on a envie. »
Le lendemain matin, 5 juillet, les bruits d'intervention de la France se précisèrent : le maréchal Randon et le marquis de Ghasseloup-Laubat, ministres de la Guerre et de la Marine étaient restés la veille au soir longtemps aux Tuileries et M. de Chasseloup-Laubat était parti à Cherbourg le lendemain à 8 heures, avec les directeurs de l'artillerie et des constructions navales, le général Frébault et M. Dupuy de Lôme, inspecter la division cuirassée. Tout le monde parlait d'une intervention armée; mais personne m'affirmait qu'elle était, ou même qu'elle allait être, décidée.
Ail heures il y eut un coup de théâtre. Le Moniteur annonça que l'empereur d'Autriche cédait la Vénétie à Napoléon III, qui l'acceptait et qui prenait le rôle de médiateur. « C'est une grande victoire pacifique » , répétait-on partout en s'abordant et en se félici-