BATAILLE DE LISSA
tant. Et la population, surtout clans les faubourgs, se prépara à pavoiser et à illuminer.
Le premier moment de joie passée, on redevint inquiet. Ce n'était pas tout d'avoir accepté le rôle de médiateur et de proposer la paix, il fallait la faire accepter par les belligérants, et l'on doutait de leur consentement. Au ministère de la Guerre on travaillait en secret. Dans quel but? Partout on cherchait où l'on allait et ce que voulait le Gouvernement.
On se rendait compte que l'Europe venait de se disloquer, et l'on se demandait quelle situation aurait la France dans la combinaison nouvelle? On voyait bien, à nos portes, à la place d'une masse de petits États allemands divisés et impuissants, une grande Allemagne unifiée qui, d'un moment à l'autre, se constituerait en un seul État et au Midi une Italie compacte et homogène, et il semblait que l'Empereur, après n'avoir rien prévu de ces deux événements, était maintenant indécis. Quels avantages la France aurait-elle en compensation de la transformation de l'équilibre européen?
Il fallait réunir au plus vite une armée, disaient nombre d'officiers et d'hommes d'État, dicter des conditions avec des clauses avantageuses pour la France et se jeter sur celui des deux adversaires qui refuserait de les accepter.
Les nouvelles les plus diverses s'échangeaient sur les chances des négociations. Quinze jours s'écoulèrent ainsi et l'opinion demeurait troublée sans rien savoir de ce qui se tramait dans la coulisse. A la fin du mois une nouvelle surprenante parvenait encore à Paris : la flotte cuirassée italienne venait d'être battue par la flotte de bois des Autrichiens.
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Enfin on annonça que la Prusse était d'accord avec l'Autriche, mais que l'Italie voulait encore continuer la guerre, puis, deux ou trois jours après, que tout le monde était d'accord, et que la paix était maintenant acceptée par tous les belligérants.
Alors l'Empereur, que l'on commençait à dire malade, annonça son départ pour Vichy sur l'ordre des médecins.
La veille, le 28 juillet, le maréchal Ganrobert eut une longue entrevue avec lui à Saint-GIoud, où il avait été s'installer avec l'Impératrice. Il lui exposa la pénurie des effectifs de la garnison de Paris et insista pour leur relèvement : il déclara, qu'en cas de guerre, on ne parviendrait à les mettre sur un pied respectable qu'après de longs efforts. L'Empereur répondit par quelques paroles insignifiantes. Il était navrant à voir; à peine s'il pouvait se lever de son fauteuil, et ses traits tirés traduisaient à la fois l'angoisse morale et la souffrance physique. Le maréchal en sortant se demanda si bientôt le Prince Impérial ne serait pas appelé à lui succéder.
L'Empereur ne se trouva pas bien de Vichy et le 7 août au soir il était de retour à Saint-GIoud où, pendant plusieurs jours, personne ne put approcher de lui.
En même temps les articles de la presse prussienne devenaient agressifs et presque insultants. C'était donc la France qui avait été battue à Sadowa. Tout le monde se le répétait maintenant.