LE LENDEMAIN DE SADOVVA
a Napoléon III a voulu la guerre qu'il n'avait pas préparée. » Tel est l'axiome répété de bouche en bouche et imprimé dans tous les livres d'histoire ou manuels d'instruction depuis trente-cinq ans. À plusieurs reprises , le maréchal Ganrobert m'a dit que rien n'était plus faux. L'Empereur avait fait ce qui dépendait de lui pour éviter la guerre, il connaissait dans ses détails la puissance militaire de la Prusse, il savait notre pays sous le coup d'une invasion, et il chercha à imposer au pays les sacrifices nécessaires et à faire adopter des institutions de nature à mettre la France à la hauteur de la Prusse : malheureusement, aussitôt après Sadowa il fut à peu près seul à voir juste, à croire au danger et à vouloir y parer; aussi quand la catastrophe arriva, le pays affolé, et d'autant plus vexé qu'il se sentait au fond le véritable auteur de ses malheurs, rejeta sur le souverain les fautes qu'il avait lui-même commises.
L'opinion publique, dès le 4 juillet — la bataille de Sadowa était du 3 — attribua à la victoire prussienne une cause unique; le fusil à aiguille : il nous en fallait un. Gomment n'en avions-nous pas?
En 1855, l'Empereur avait reçu une lettre d'un
ouvrier des ateliers de précision de l'artillerie à Saint- Thomas d'Aquin, d'un nom alors inconnu, M. Chassepot; dans cette lettre, son auteur disait avoir inventé et exécuté, en dehors de ses heures de travail, un fusil se chargeant par la culasse qu'il voulait présenter à Sa Majesté.
Napoléon III avait examiné larme nouvelle, l'avait trouvée intéressante, avait commandé qu'on en fabriquât cent spécimens qui furent distribués dans trois régiments. Ainsi 33 dragons de la garde firent la campagne d'Italie avec ce nouveau fusil. Mais malgré les désirs de l'Empereur, le comité d'artillerie, ennemi de toute innovation, par deux fois, sous la présidence du général Ducos de la Hitte (12 janvier et 8 juin 1858), avait émis l'avis que : « le fusil Ghassepot était tout à fait impropre au service, » et le maréchal Vaillant avait approuvé cette décision le 6 juillet 1858.
L'Empereur, heureusement, connaissant l'esprit rétrograde du comité et du ministre, ne fut nullement convaincu : il ordonna la continuation des études, étudia lui-même le chassepot, indiqua les imperfections à corriger et la manière d'y parvenir, et, le 3 septembre 1865, le comité, obligé de revenir sur ses premiers avis, déclarait par la bouche de son nouveau président, le général Lebœuf, que l'arme ne laissait plus rien à désirer et demandait peu après qu'on en fabriquât à la main quinze cents pour servir à des expériences. Le maréchal Randon, ministre de la Guerre, refusa et le chassepot ne put être adopté, que le 30 août 1866, deux mois après Sadowa, grâce aux insistances répétées de Napoléon III, qui sut vaincre toutes les mauvaises volontés et passer outre aux objections des