‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 23 sur 194 · SITUATION MILITAIRE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

SITUATION MILITAIRE DE LA FRANCE

Castelnau, nous nous trouvions dans la situation de l'Autriche, attaquée par la Prusse et l'Italie, nous aurions le même sort... » Puis, après avoir passé en revue un certain nombre de systèmes, il terminait par ces mots : « Si l'Empereur désire que cette question soit régularisée, il y aura lieu de lui soumettre un plan de campagne dont tous les éléments sont dès maintenant réunis. »

Le général ajouta que notre armée ne comptait en tout, à l'heure présente, que 288,000 hommes répartis au Mexique, en Algérie, à Rome et en France. En présence du service obligatoire qui donnait à l'Allemagne 1 ,200,000 hommes exercés, il fallait, en France, adopter les mêmes principes : tout le monde soldat de vingt *à cinquante ans, était, à son avis, la seule solution possible.

Le général Lebrun appuya les paroles du général Castelnau : le service obligatoire et la suppression de tout remplacement étaient une nécessité. Le maréchal Ganrobert approuva, le maréchal Niel ne donna aucun signe d'assentiment ni de désapprobation. Alors, l'Empereur, revenant encore sur la nécessité du service obligatoire, invita chacun des généraux présents à lui indiquer par écrit le moyen le plus pratique d'arriver au résultat proposé.

Quelques jours après, l'Empereur, qui était malade depuis le mois de juillet, se sentant mieux, partit pour Biarritz où il reçut des ministres, des généraux, des ambassadeurs et plus particulièrement le maréchal Niel qui commandait à Toulouse; puis il fit paraître au Moniteur une note annonçant la convocation pour le 6 novembre à Saint-Gloud d'une grande commission

militaire composée de tous les maréchaux et amiraux et de trois ministres : MM. Rouher, Vuitry et Fould, des généraux Trochu, Frossard, Palikao, Lebrun.

Avant la réunion, tous les élus avaient reçu six projets autographiés : deux émanant de l'Empereur, un du maréchal Vaillant, un du maréchal Niel, un du général Lebrun, le dernier du général Guiod qui était conseiller d'État.

Les projets de FEmpereur, des généraux Guiod et Lebrun concluaient à l'adoption du service obligatoire à court terme. Le maréchal Niel proposait un système moyen : une armée active doublée d'une garde nationale mobile qui ne servirait qu'en cas de guerre et à l'intérieur. Enfin le maréchal Vaillant était partisan du maintien de ce qui existait avec l'augmentation des contingents.

Le 6 novembre, à l'heure indiquée, tous les membres de la commission sont introduits dans la salle du conseil des ministres, tendue de vert et où pendent, au mur, des tableaux de vues d'Italie et du château de Pau .

L'Empereur, toujours exact, ouvre la séance à l'heure indiquée en posant la question suivante : « Est-il indispensable d'avoir un million de soldats? » On répond oui. Alors, continuant, l'Empereur ajoute : «Comment trouver ce million d'hommes? » et il fait lire son projet. La lecture finie, le maréchal Vaillant observe que : à ce système lèverait toutes les difficultés, mais que jamais les assemblées législatives ne le voteront. » MM. Rouher, Fould et Vuitry approuvent. Alors commence une discussion touffue et sans ordre. L'Empereur préside mal. Il laisse parler tout le monde à la fois, et à la fin reprend son idée de service obligatoire

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