LE SERVICE OBLIGATOIRE
à court terme ; les militaires partagent cet avis, sauf les maréchaux Vaillant et Randon et le général Trochu. Ce dernier, le maréchal Ganrohert s'en souvenait, avait déclaré à l'Empereur que le service obligatoire : « n'était qu'une théorie dont l'application serait impossible, » — il Ta du reste écrit depuis.
Cependant des opinions se font jour. La première, celle du service obligatoire, soutenue par l'Empereur et la plupart des militaires; la deuxième qui consiste dans le maintien de la loi actuelle avec augmentation des contingents et de la durée du service. La troisième présentée par le maréchal Niel conclut à la continuation de l'armée telle qu'elle existe, avec en plus une garde mobile exercée de 400,000 hommes. A cette dernière opinion se rallient les ministres civils.
Le lendemain, nouvelle séance. A l'ouverture, Ton distribue ta chacun des membres un nouveau projet dû à la collaboration du général Fleury et du colonel Berthaut. C'est un travail approfondi et clair où sont décrits, dans les moindres détails, les moyens pratiques d'appliquer le service obligatoire et personnel avec la suppression complète de toute exonération ou remplacement.
L'Empereur appuie ce nouveau projet dans lequel il ne condamne que la suppression de l'exonération dont il veut le maintien. Le général Lebrun appuie à son tour le projet du général Fleury, et, comme lui, demande, contre l'avis de l'Empereur, la suppression de l'exonération.
Mais voici M. Vuitry, président du conseil d'État : personnage réfléchi, éclairé, et dont l'avis est toujours désintéressé : il répond à l'Empereur, et pour lui le
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service obligatoire serait inconstitutionnel : on ne peut pas enlever au Corps législatif le droit de voter annuellement le contingent. M. Fould et M. Rouher parlent clans le même sens et l'on se sépare sans avoir pris de décision : la prochaine réunion aura lieu à Gompiègne dans huit jours.
Entre temps, le maréchal Ganrobert reçoit la visite du général Fleury : l'Empereur Ta prévenu que si le service obligatoire était décidé, il l'appelleraitau ministère pour lui confier le soin de l'appliquer, et le général Fleury annonce au maréchal qu'il prendra pour chef de cabinet son ancien aide de camp, le colonel Berthaut — celui qui fut ministre du maréchal de Mac-Mahon. Mais l'on s'agite beaucoup auprès de l'Empereur pour faire rejeter le service obligatoire. Le marquis de La Valette, ministre de l'Intérieur, surtout met tout en œuvre pour enterrer la question. Tous les jours l'Empereur est l'objet de ses objurgations et de celles des autres ministres. Toutes sortes d'arguments plus spécieux les uns que les autres sont mis en avant : mais le plus grave, c'est que tous les préfets font savoir à l'Empereur combien cette institution jetterait de discrédit sur le Gouvernement. Tous les conseils généraux envoient discrètement des vœux qui sont transmis d'une façon privée. La partie est grosse, car déjà l'on devine que le service obligatoire est partout profondément impopulaire. Sauf l'Empereur et cinq ou six généraux, personne n'en veut. L'Empereur osera- t-il rompre avec ses ministres, avec la Chambre qui lui est dévouée, avec le pays qui l'a acclamé? Pourra-t-il imposer à un peuple une loi contre laquelle ce peuple s'élève avec unanimité? Pourra-t-il affronter l'impopularité, risquer des