‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 26 sur 194 · L EMPEREUR SEUL DE SON AVIS · texte numérisé non relu

L EMPEREUR SEUL DE SON AVIS

quis de Moustier qui avait entendu quelques mots de la conversation vint la détourner.

Depuis un mois que la commission avait été créée, elle ne cessait de discuter et n'aboutissait pas : la grande majorité de ses membres avec le souverain voulait rétablissement d'une institution que le pays refusait d'accepter : ou tournait dans un cercle vicieux. L'Empereur, tenant par-dessus tout à obtenir le maximum de ce qui était possible, dicta une note destinée au Moniteur où il n'engageait personne de la commission. Le Gouvernement, y disait-il, présentera au conseil d'État une nouvelle loi pour obtenir 824,000 hommes d'armée active et de réserve et 400,000 hommes de garde mobile soumis à des périodes d'exercices et commandes par des cadres de l'armée active.

Cette note parut le 1 1 décembre 1866, et de suite elle ne fit qu'augmenter la surexcitation des esprits Députés et conseils municipaux commencèrent à faire des adresses et des pétitions.

h Pour donner une idée de l'état de l'opinion, racontait le maréchal Ganrobert, pendant que nous étions à Gompiègne, un certain nombre de préfets des départements du Nord demandèrent audience à l'Empereur, et parmi eux M. Léon Chevreau, depuis longtemps préfet de l'Oise : c'était un administrateur habile,, avisé, d'un esprit juste qui avait su se faire adorer de ses administrés de quelque opinion qu'ils fussent.

Lorsqu'il avait été question de la loi militaire, tous* les conseillers généraux et ceux d'arrondissement et tous les maires qu'il avait eu occasion de voir, lui avaient dit quelle réprobation universelle soulevait ce projet en élaboration. Cette unanimité était telle qu'il,

avait cru indispensable d'en prévenir l'Empereur, et il était arrivé à Compiègne où il avait trouvé Mme de Sancy, dame d'honneur de l'Impératrice, et le duc de Conegliano, chambellan de l'Empereur de semaine; leur ayant dit pourquoi il voulait voir l'Empereur, tous deux avaient essayé de le détourner de son dessein. « Aucune démarche ne pourra davantage lui déplaire. Il est décidé à établir le service obligatoire. Donc, tout ce que vous direz sera inutile. » — « Peu importe, je considère de mon devoir de faire connaître •à l'Empereur la vérité. »

Persistant dans son idée, il fut introduit auprès de l'Empereur qui le laissa dire, puis frisant sa moustache, lui répondit : « J'avais espérer qu'au lieu d'écouter ces plaintes, vous auriez usé de votre influence pour redresser les erreurs et démontrer à vos administrés la nécessité de la loi. J'espère que c'est ainsi que vous agirez désormais » , et après s'être informé aimablement de la santé de Mme et de Mlle Chevreau, Napoléon III congédia le préfet.

La grande commission n'avait plus de raison d'être. Nommée pour mettre sur pied un projet de service obligatoire, la majorité de ses membres, favorables à cette réforme, se sentaient seuls de leur avis, en opposition avec le pays tout entier; ils n'avaient plus qu'à laisser au gouvernement et au conseil d'État, le soin d'élaborer une loi susceptible de ne pas être repoussée par les Chambres. Elle cessa ses séances au commencement de décembre (1866), mais au cours des discussions, plusieurs de ses membres, principalement le maréchal de Mac-Mahon et le général Trochu, avaient -critiqué diverses pratiques en usage dans l'armée, et

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