‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 27 sur 194 · LES PARAPLUIES DE LA GARDE IMPERIALE · texte numérisé non relu

LES PARAPLUIES DE LA GARDE IMPERIALE

indiqué plusieurs réformes d'organisation qui avaient frappé l'esprit de l'Empereur. Alors dans la dernière séance, résumant les améliorations proposées par ces deux officiers, il avait proposé de les nommer d'une commission dont feraient partie avec eux les maréchaux Baraguay d'Hilliers et Ganrobert, et les généraux Palikao, Frossard et Lebrun, afin de lui soumettre un rapport sur les améliorations à introduire immédiatement.

L'une des premières questions qu'aborda cette commission dite des réformes fut celle de l'affaiblissement de la discipline. Le maréchal Ganrobert raconta à ce propos plusieurs faits qui démontraient combien il était urgent d'agir.

L'année précédente , ayant été prévenu que des officiers de la garde en garnison à Paris, se promenaient en uniforme avec des parapluies, il avait fait une circulaire pour rappeler le règlement, mais le commandant de la garde s'était plaint que l'on empiétât sur ses prérogatives et les officiers de ce corps privilégié continuaient à user de parapluies en tenue. Il conta ensuite l'anecdote suivante : le ministre ayant demandé l'envoi des pièces comptables des régiments, et certain colonel n'ayant pas répondu à ses rappels, une injonction formelle avec menace de punition lui fut adressée et arriva comme toutes les pièces précédentes au major du régiment. Le colonel était parti quinze jours auparavant, en recommandant que sous aucun prétexte on ne vînt le déranger.

Cependant ce dernier avis était si formel que le major se rendit chez son chef qui, mis au courant de l'affaire, remercia et s'excusa en ces termes :

« J'ai été si occupé ces jours derniers : je n'ai pas eu un moment à moi... Gora Pearl — artiste d'occasion, plus célèbre par son chignon jaune de dimensions gigantesques et par ses avantages physiques que par son talent — Gora Pearl débute ces jours-ci aux Bouffes dans le rôle de Gupidon, d'Orphée aux enfers : elle a un accent épouvantable, elle prononce Quioupidoune, et je me tue à lui apprendre à corriger sa prononciation... Elle a si peur de faire un four... je suis sur les dents. . . » Et, ajoutait le maréchal Ganrobert, ce colonel n'a même pas été réprimandé.

Les maréchaux et les généraux se plaignaient sans cesse à l'Empereur de sa faiblesse, qui l'amenait à lever les punitions les plus méritées et qui encourageait l'indiscipline.

Mais que pouvait-on contre le caractère de ce souverain, que certains ont voulu faire passer pour un tyran, et dont le défaut capital était la bonté, une bonté telle qu'elle devenait dangereuse et qu'elle fut une des causes de sa perte et de nos malheurs.

La Commission des réformes s'occupa ensuite de «l'énervementdelamassederarméeau profitde la garde et des compagnies d'élite» , et demanda, comme l'avait déjà fait plusieurs fois le général Fleury, la réduction de la garde et la suppression des compagnies d'élite.

Elle demanda ensuite un meilleur groupement des troupes, l'augmentation de l'artillerie, l'étude de l'emploi du télégraphe et du chemin de fer, la simplification des manœuvres compliquées, le relèvement du niveau intellectuel des écoles, enfin elle concluait en ces termes : « La commission se souvenant de 1 insuffisance de préparation qui s'est révélée au com-

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