‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 29 sur 194 · LE SECRET TRAHI · texte numérisé non relu

LE SECRET TRAHI

chapitres et leurs titres étaient copiés et même souvent des phrases et des paragraphes étaient identiques. Bientôt tout le monde sut que c'était le général Trochu qui, sans l'assentiment de ses six collègues, dont trois étaient maréchaux de France, livrait à la publicité un travail secret qui ne lui appartenait pas et le maréchal Ganrobert ne se gênait pour qualifier ce procédé de manque de convenance.

Qu'eût donc dit le maréchal s'il avait su ce que le général Trochu écrirait plus tard dans ses Mémoires posthumes. Par l'extrait suivant, le lecteur verra quel jugement on doit porter sur son dire et son caractère.

a Deux membres de cette commission, ainsi s'exprime le général Trochu, le prince Napoléon et j'étais l'autre, montraient... que les vieilles croyances en fait d'institutions militaires étaient à remplacer par d'autres... Non seulement ces idées considérées comme des rêveries qu'inspirait l'esprit d'opposition furent supprimées après d'interminables discussions dont on jugeait que l'insuccès était dû à cette opposition tenace, et l'officier général qui la représentait ne reçut plus de convocation. Je cessai, sans quon m'en eût averti, de faire partie de cette haute commission, et quand le journal officiel fit connaître le résultat des résolutions unanimes, c'était, en ce qui concernait un de ses membres, une tromperie. Je crus que le patriotisme me défendait de rester officiellement associé à cette œuvre et de subir la solidarité que m'imposait une telle violence morale.

« C'est alors que pour m'y soustraire, résumant les observations que j'avais faites depuis trente ans, je publiai : L'armée française en 1867 . »

iv. 5

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Eh bien dans ces quelques lignes il n'y a pas un mot qui ne soit un mensonge.

Tout d'abord le général Trochu affirme qu'il a été le seul avec le prince Napoléon à demander le changement de nos institutions. Gomment peut-il oublier que tous les militaires ont demandé l'institution du service obligatoire, sauf les maréchaux Vaillant, Randon et lui.

Comment peut-il énoncer une telle affirmation? Gomment peut-il en être arrivé à oublier que non seulement ses camarades avaient parlé dans la commission en faveur du service obligatoire, mais que la plupart d'entre eux, l'Empereur, le maréchal Ganrobert, les généraux Fleury, Lebrun, Gastelnau, Guiod et Frossard avaient rédigé des mémoires et des notes signés et datés concluant tous au service obligatoire, documents qui existent encore dans les cartons du ministère de la Guerre comme témoignage de l'inexactitude de sa mémoire?

Gomment oublie-t-il surtout qu'il a écrit alors : « Ce ri est là (le service obligatoire) au une théorie dont l applica^ tion dans les circonstances présentes en serait impossible. .. C'est le système qui ri impose l'obligation du service qu'à un nombre limité que la France doit continuer » .

Il prétend ne plus avoir été convoqué aux séances de la commission, mais il oublie encore que, lors des dernières séances, il se vantait dans ses lettres « de faire entendre de bonnes vérités aux illustres personnages qui l'entourent » . Il oublie aussi — ce qui est tout à fait invraisemblable, — qu'à la dernière séance l'Empereur lui proposa de faire parlie de la commission des réformes chargée du rapport confidentiel dont nous avons parlé.

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