‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 30 sur 194 · L'ABSENCE DE MÉMOIRE DU GENERAL TROGHU · texte numérisé non relu

L'ABSENCE DE MÉMOIRE DU GENERAL TROGHU

II se plaint que l'Empereur a publié une note engageant les membres de la grande commission : sur ce point il nage dans le rêve : jamais le Moniteur n'a parlé de l'avis de la grande commission, mais de l'avis du Gouvernement.

Il affirme enfin avoir publié son fameux livre sur l'armée en 1867 parce que son patriotisme lui défendait de rester associé et de subir la solidarité de ses collègues, et ses collègues étaient les maréchaux et les généraux dont nous connaissons les noms.

Ce livre est la paraphrase, nous l'avons dit, du rapport confidentiel qu'il était chargé de faire en collaboration avec trois maréchaux et trois généraux. Il savait que ce rapport avait été' étudié et couvert de notes approbatives par l'Empereur qui avait prescrit au ministre de prendre les mesures en conséquence. Sa conduite en cette circonstance ne peut guère relever du patriotisme mais uniquement de l'amour de la réclame qu'il possédait de tout temps et dont le maréchal Pélissier se moquait avec tant de finesse méchante.

Qu'on n'aille pas croire qu'après cela l'Empereur lui ait retiré sa confiance. Un mois après l'apparition de son livre, le 1 1 avril 1867, lorsque le maréchal Niel parla de désigner un major général pour les armées en cas de guerre, l'Empereur lui désigna le général Trochu, malgré le ministre qui eût voulu le général Lebrun.

Pendant que la Commission des réformes travaillait au rapport que le général Trochu s'appropriait, Napoléon III avait appelé au ministère de la Guerre le maréchal Niel '19 janvier 1867).

Le premier jour de son entrée en fonction le nouveau ministre écrivit au maréchal Ganrobert pour lui

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demander son concours. Tous deux avaient eu des rapports tendus en Crimée, et après Solférino ils en étaient arrivés à vouloir se battre; mais la lettre conçue dans des termes élevés et qui témoignaient de l'importance que son auteur prêtait à son envoi et de celle encore plus grande qu'il donnerait au concours réclamé par lui et qu'il espérait qu'on ne lui marchanderait pas, toucha le maréchal Ganrobert. Il pouvait être 2 heures de l'après-midi lorsque le pli de son collègue lui fut apporté; le maréchal Ganrobert était dans son tout petit cabinet de l'entresol, au plafond si bas, du magnifique hôtel de la place Vendôme, alors l'hôtel du commandant en chef du 1er corps, — entre l'hôtel Bristol et le ministère de la Justice. — Après avoir lu attentivement, le maréchal appela son premier aide de camp, le commandant Lonclas, lui communiqua la lettre; et s'enfermantavec lui, en défendant qu'on le dérangeât, il s'occupa de la rédaction de la réponse.

Il resta ainsi invisible pendant deux heures. Orateur de sa nature, en paroles il eût rendu son sentiment avec le brio qui ne l'abandonnait jamais et faisait tant d'impression dans les bivouacs comme dans les assemblées; mais la plume à la main, il se sentait plus gêné, et il tenait à ce que sa réponse ne laissât aucun doute sur le concours absolu et sans réserves qu'en toutes circonstances il apporterait à son collègue.

Vers 5 heures, un chasseur à cheval portait rue Saint-Dominique la réponse si laborieusement composée que nous n'avons pas retrouvée.

C'est ainsi que le maréchal Canrobert fut au courant des idées du nouveau ministre, qu'il connut les difficultés qu'il eut à surmonter, et quand on lui parlait,

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