‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 31 sur 194 · LE MA R ÉCH AL TS I EL M I N I ST R E · texte numérisé non relu

LE MA R ÉCH AL TS I EL M I N I ST R E

longtemps après ces événements du maréchal Niel, il se redressait, ses yeux s'animaient et généralement il répondait : « Sa mort fut un grand malheur. » Puis comme absorbé il s'arrêtait et il fallait lui arracher bribes par bribes le récit des luttes que l'Empereur et le maréchal Niel avaient eu à soutenir, tant il était dégoûté de revenir à ces souvenirs pénibles.

Le maréchal Niel avait été choisi par l'Empereur pour faire voter et appliquer la nouvelle loi militaire dont il était l'auteur et dont la disposition principale était l'institution de la garde mobile. Dans l'idée du maréchal cette garde mobile devait non seulement être armée, exercée, appelée périodiquement sous les armes et commandée par les officiers de l'armée active, mais par-dessus tout, il comptait qu'en cas de guerre sur un décret, elle pourrait être versée dans les régiments de ligne.

Mais déjà, le 19 janvier 1867, lorsque le maréchal entrait rue Saint-Dominique la loi était en discussion au conseil d'État et cette assemblée, malgré l'Empereur qui avait présidé plusieurs séances, en supprimait les dispositions essentielles. Le maréchal eut beau discuter pied à pied les bases de ses dispositifs, la loi était dénaturée au point de perdre presque tous ses avantages, quand elle fut présentée au corps législatif.

« Nous sommes obligés de voter cette loi, disait un député officiel M. West, parce que l'Empereur le veut, mais nous l'arrangerons de telle façon qu'elle ne pourra pas servir. »

Telle était l'opinion de la presque unanimité du Corps législatif. Aussi devant cette opposition l'Empereur pensa à une dissolution. Les :î() et :> I mai 18(>7 il

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demeura perplexe. Le 1er juin M. Rouher l'empêcha de réaliser ses désirs. Le pays voulait encore moins de la loi que les députés; et de nouvelles élections se seraient faites sur la question de la loi militaire, et elles eussent envoyé une majorité énorme avec mandat formel de la repousser; il valait donc mieux discuter avec les députés en fonction. L'argument parut décisif à l'Empereur et le maréchal Niel continua à disputer pied à pied les derniers éléments fondamentaux de sa loi, sans désespérer d'en tirer un parti quelconque à l'occasion, et surtout avec le secret espoir que mieux inspirée et avec le temps une autre Chambre rétablirait ce que celle-ci annulerait de ses propositions.

Mais déjà il était mortellement atteint et les batailles qu'il allait soutenir devait ruiner son organisme au point qu'il ne serait bientôt plus en état de supporter une opération nécessaire et qu'il mourrait au moment où il était tout entier à sa tâche.

Dans cette lutte énervante qui dura plus d'une année, ce ne furent pas les discussions perpétuelles avec les députés qui agacèrent le plus le maréchal; ceux-ci, opposés à la loi, la combattaient ouvertement et par tous les moyens en leur pouvoir, mais il était certains ministres qui pour complaire à l'Empereur la défendaient au conseil et déclaraient au maréchal vouloir en soutenir la discussion à la tribune, et qui, en sousmains, la combattaient pour conserver leur influence sur les députés. Un soir le maréchal rentra du Palais- Bourbon plus préoccupé que d'habitude; sans prononcer un mot il passa au billard et commença sa partie ordinaire avec ses olfîciers, sans desserrer les dents. Autour de lui où l'on était habitué à une conversation ininter-

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