NAPOLÉON III ET LE MARÉCHAL NIEL
constituer douze corps d'armée permanents et complets, tels qu'ils existent depuis 1873, et établir le recrutement régional avec permanence des dépôts et magasins généraux au siège de chacun d'eux.
Malheureusement, le maréchal Niel s'opposa à ces réformes : il ne croyait pas, comme l'Empereur le lui affirmait, que la Prusse pouvait en un mois envahir la France avec 500,000 hommes. En 1869 seulement, les calculs des commandants Fay et Samuel et du capitaine Lepippre finirent par le convaincre.
L'Empereur exigea aussi l'étude d'un plan de campagne qui, établi dans ses grandes lignes par le général Jarras le 22 décembre 1867, fut adopté le 16 janvier 1868 par le maréchal Niel.
En matière de fortification le maréchal fut d'accord avec l'Empereur pour refaire toutes nos places fortes et les armer. Mais les Chambres refusèrent les crédits; si bien que lors de la déclaration de guerre il n'y avait à Metz que quatre forts inachevés, seuls travaux que l'on eût faits pour constituer nos défenses qui n'existaient pas.
Quanta l'artillerie, mieux que personne, Napoléon III savait notre matériel de 1858 défectueux, mais comme il savait aussi que toujours ministres, directeurs et comités s'opposeraient à toutes les améliorations, il avait pris le parti de créer, sur sa cassette personnelle, un atelier qui ne relevait que de lui seul et où le capitaine de Reffye ferait des expériences. De cet atelier sont sortis la mitrailleuse et le canon de 7 se chargeant par la culassse. Si la mitrailleuse ne fut pas appréciée à sa valeur, c'est qu'elle fut confiée, au moment de la guerre, à des canonniers qui n'avaient point eu le
7V CANKOBEUT
temps d'en apprendre le maniement. Quant au canon de 7, adopté seulement à la veille de la guerre, il ne fut mis en usage que dans les armées de provinces, mais il était supérieur au canon Krupp.
Toutefois malgré les mauvaises volontés, l'ignorance de la situation, les refus persistants de la Chambre, malgré l'insuffisance de nos effectifs et de nos armements, le travail du maréchal INiel, quelque restreint qu'il fût, eut des résultats heureux. Ils firent illusion. On les crut bien supérieurs à ce qu'ils étaient, et comme l'imagination exagère toujours lorsqu'il s'agit de faits lointains, à Berlin on les supposa considérables. M. de Bismarck, dès lors moins sûr delà victoire, calma son ardeur, reprit des habitudes de politesse qu'il avait abandonnées après Sadowa et qu'il quitta de nouveau dans les premiers mois de 1870.
C'est qu'il ne voulait la guerre que si l'issue lui en paraissait certaine, et pour le moment il était pris de doute.
Ce ne fut que lorsqu'il vit le ministère parlementaire du 2 janvier 1870 désarmer ostensiblement et détruire toute l'œuvre du maréchal Niel, qu'il se décida cà lancer la candidature espagnole qui devait faire, à son idée, l'effet d'une loque rouge devant les yeux du taureau gaulois.