CHAPITRE IV
l'exposition, les souverains a paris, l'attentat berezowski.
L'année 18G7 parut sur le moment être l'apogée du second Empire. Gomment la foule pouvait-elle ne pas croire à l'immensité de notre puissance et au fond inépuisable de nos ressources quand elle voyait venir à Paris tous les souverains d'Europe, et qu'elle contemplait la richesse incomparable de nos industries étalées avec un art qui n'a jamais été égalé?
Dès qu'il fut question d'Exposition, le maréchal Ganrobert fut désigné par l'Empereur pour en présider la commission militaire.
L'ouverture eut lieu le 1er avril 1867, mais ne laissa guère présager le succès incomparable de la fête qui allait durer près de six mois sans désemparer.
La journée était maussade : temps gris et froid, par moments une petite pluie glaciale; sur les figures de l'Empereur et sur celles des ministres présents on lisait l'inquiétude. Il y avait de quoi être préoccupé puisque d'un moment à l'autre on s'attendait à recevoir l'avis que la Prusse allait déclarer la guerre à la France : M. de Bismarck par de fallacieuses invites nous avait incités à demander l'annexion du Luxembourg, et maintenant que l'on avait suivi ses conseils et que l'on
avait presque acquis cette province, il venait tout à coup nous faire savoir que L'exécution des projets concertés en commun déjà en partie réalisés avec son approbation, serait le signal de la guerre.
La promenade des souverains à travers le palais du Ghamp-de-Mars parut également morose à la masse des curieux qui ne savaient rien de ce qui se tramait. L'Empereur et l'Impératrice allaient d'un pas rapide entre des rangées de vitrines recouvertes de grandes toiles grises, se détournant par moments devant des masses de ballots qui leur barraient la route, ou bien au dehors des galeries, pataugeant dans des flaques d'eau ou des terrains boueux: partout des ouvriers travaillaient d'arrache-pied et des curieux allaient déconfits.
Les jours suivants furent aussi tristes, et le 6 avril, sur des bruits de guerre qui furent connus subitement du public, il y eut une panique à la Bourse. Le temps d'ailleurs demeurait brumeux et froid. Enfin, vers la fin du mois le soleil parut, le printemps se montra; au Ghamp-de-Mars les vitrines s'ouvrirent; l'horizon politique s'éclaircitet les souverains étrangers tranquillisés commencèrent à venir à Paris ainsi que des visiteurs de tous les pays. Jamais on n'en avait tant vu.
Le maréchal Ganrobert aimait à se rappeler cette féerie de 1867. A nulle époque, en effet, une fête internationale ne fut aussi gaie, aussi instructive, aussi réussie.
Le bâtiment construit au centre du Ghamp-de-Mars en forme d'ellipse était consacré à l'industrie.
Les produits d'un même genre étaient exposés par cercles tandis que les États exposaient par rayons. Si